Dépression chez les musiciens : quelle responsabilité des conservatoires ?

13/03/2019
La percussionniste Florie Fazio, qui enseigne au conservatoire du 20e arrondissement à Paris ainsi qu’à Bussy-Saint-Georges, appelle les établissements à prendre davantage en compte la psychologie des élèves.

De plus en plus de musiciens en milieu de parcours arrêtent complètement la musique. Après des diplômes professionnalisant pouvant aller jusqu’au master, ils ont fini par se sentir mal, alors que, paradoxalement, pour la plupart d’entre eux, la musique est une forme de thérapie. Mettre sa vie entre parenthèses pour ne pas exploiter le quart du huitième de ce qu’ils auront appris. Certains iront jusqu’à renier la musique de manière radicale. Un peu comme un mauvais divorce. Ceux-là sont peut-être les plus courageux, et pourtant les moins compris­. Effectivement, comment ont-ils oublié la légèreté de “faire de la musique” ? Comment en sont-ils ­arrivés là ? Quelle est la part de responsabilité du conservatoire ?
Le conservatoire divise basiquement le métier de musicien en deux catégories : professeur et musicien d’orchestre. Vous avez le choix entre assumer la responsabilité qu’est le métier d’enseignant – avec un risque non négligeable de reproduire ce que vous avez vous-même subi – et entrer dans la bergerie des bêtes de concours à qui l’on a fait croire qu’il faut devenir une machine. Cruel dilemme.
Pour ceux qui souhaitent sortir un peu des sentiers battus pour aller vers des expériences plus audacieuses (musique contemporaine, créations incluant les outils numériques…), aucun cours, avis, conseil, sur « comment créer, produire financer et vendre un projet ». Au mieux, vous aurez un « faut faire des projets ». Merci pour ce précieux conseil ! C’est comme dire à un constipé qu’il doit aller aux toilettes. La solution n’est pas dans les pruneaux.
Où est l’accompagnement des élèves dans ce cursus professionnel, alors que le métier est déjà bien assez précaire ? Il faut souvent attendre le master pour qu’un accompagnement soit proposé. Si vous tenez bon jusque-là et si vous réussissez à entrer dans une structure qui vous en délivre un. Pourtant, il y a tant de façons de fréquenter de près ou de loin la musique à chaque étape du parcours. Sans devenir un produit, ces insoumis seront laissés pour compte ou jugés trop faibles ou mauvais. Vous serez pendu haut et court ! La pilule a du mal à passer…
Parmi ceux qui ont passé le cap des questions inévitables liées au métier d’artiste, le parcours n’est pas pour autant plus glorieux ou plus paisible : anorexie, tendinite, dépression, crise d’angoisse… A ce moment-là, vous auriez bien aimé que le yoga fût obligatoire durant vos études, autant que les cours d’harmonie au clavier. Il y a une catégorie assez préoccupante de musiciens qui vont en répétition comme ils iraient à l’usine ou à la mine. On ne peut pas leur jeter la pierre, mais c’est très inquiétant. On peut se demander pourquoi personne ne leur a fait prendre conscience qu’ils ont encore la chance, dans la branche dans laquelle ils se sont engagés, de décider de ce qui ne les rendra ni aigri ni malheureux, afin de (re trouver ce pour quoi ils avaient commencé la musique. Tout comme le plasticien choisit sa matière.
Déterminer, assumer, aider, même au-delà du conventionnel, n’est-ce pas le rôle de l’établissement ? Peut-on demander à un être en devenir de comprendre cela tout seul ? Que cela ne sonne pas uniquement comme de la négativité, car heureusement, parmi eux il y a des éternels amoureux. Doit-on encourager les structures à exploiter le champ de la psychologie ou doit-on réenvisager la pratique musicale pour qu’elle retrouve son essence ? Ou plus basiquement : faut-il désormais intégrer les psychologues à la place de la lecture de clé d’ut 2 au conservatoire ? Musiciens, réveillez-vous !

Florie Fazio

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