Arabie saoudite et opéras

Antoine Pecqueur 02/04/2019
Alors que le mandat de Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra de Paris tire à sa fin, l’heure est au bilan. L’institution affiche d’excellents taux de fréquentation, elle peut se flatter de productions marquantes et de la santé d’un orchestre sculpté par Philippe Jordan...

Le ballet a traversé quelques turbulences, entre le départ de Benjamin Millepied et les accusations de harcèlement à l’encontre de celle qui lui a succédé, Aurélie Dupont. La 3e Scène, développement numérique de l’Opéra, a installé la maison dans une démarche d’innovation originale !
Reste une épine, et non des moindres : le partenariat noué entre l’Opéra de Paris et l’Arabie saoudite. Il y a un an, lors de la visite officielle du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) à Paris, un accord avait été signé entre la France et son pays dans le domaine culturel. Trois grands établissements français ont été mis à contribution : la Femis, l’INA et l’Opéra de Paris. A la charge de ce dernier, la mission de créer un orchestre national et un opéra en Arabie saoudite.
L’accord est simple : Ryad achète notre expertise culturelle et nos institutions diversifient leurs sources de revenus au moment où les subventions publiques déclinent. Un marché gagnant-gagnant ? Au mépris de toute considération éthique, surtout après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul et alors que la coalition dirigée par Ryad poursuit sa guerre au Yemen, qui a déjà fait près de 10 000 morts. « Le projet est aujourd’hui en ­stand-by », nous dit-on du côté de l’Opéra de Paris. Le remplaçant de Stéphane Lissner devra immédiatement clarifier sa position sur ce sujet ; il est à nos yeux intolérable qu’une institution qui défend la liberté artistique puisse s’allier à un pays qui la bafoue.
Les mêmes questions se posent de l’autre côté des Alpes : il y a un mois, la Scala de Milan a annoncé vouloir accueillir dans son conseil d’administration le ministre saoudien de la Culture. A la clé, un partenariat d’au moins cinq ans et trois millions d’euros chaque année. Cette annonce a déclenché une bronca. La Scala vient de décider de rendre le premier don de 3 millions d’euros, mais, par contre, s’associe à la création d’un conservatoire à Ryad.
La stratégie de MBS s’inscrit dans une démarche purement géopolitique : financer des structures culturelles pour s’acheter une légitimité auprès des puissances occidentales, tout en exacerbant au même moment dans la péninsule Arabique les tensions entre sunnites et chiites et en empêchant toute velléité d’opposition.
Les artistes doivent aujourd’hui se mobiliser pour que les opéras occidentaux ne deviennent pas le cheval de Troie de l’un des pires régimes au monde en matière de droits de l’homme, qui, en 2019, continue à lapider les femmes.

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Commentaires

  • Bravo ! Vous êtes sacrément courageux! Jean Rossier Président de Parole et Musique et Membre de l’Institut.

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