Jules Matton lauréat 2019 du Grand Prix lycéen des compositeurs

Suzanne Gervais 04/04/2019
La remise du 20e prix, créé en 2000 par La Lettre du Musicien, et repris en 2013 par l’association Musique Nouvelle en liberté, avait lieu aujourd’hui à la Maison de la radio, à Paris. Un question-réponse précédait la remise du prix.

Il est onze heures à la maison de la Radio et les derniers lycéens terminent d’entrer dans l’auditorium. Sur scène, les huit compositeurs en lice - Patrick Burgan, David Hudry, Krystof Maratka, Jules Matton, Gérard Pesson, Jean-Baptiste Robin (le lauréat 2018), Julien Masmondet et, seule femme, Florentine Mulsant – discutent, observent les élèves qui s’installent. Dans quelques minutes, ils vont attaquer une heure de questions-réponses avec les quelques mille ados issus de 96 lycées venus les rencontrer. Laura regrette que chaque classe ne puisse poser qu’une question, d’autant que sa promotion n’a pas eu la chance de recevoir la visite d’un compositeur cette année : "C’est déjà bien, mais il y a plein de choses qu’on a envie de savoir sur les compositeurs et leur travail. Et leur salaire !" Les ministres de la Culture et de l’Education nationale, attendus, n’ont finalement pas pu venir. "Dommage ! déplore un professeur de musique en lycée. C’est l’unique occasion pour des lycéens de rencontrer les compositeurs d’aujourd’hui. J’aurais aimé lui demander s’il pouvait réfléchir à des résidences de compositeurs dans les lycées…"

Solitude, outils de travail et caféine
"Avez-vous déjà travaillé avec d’autres artistes, comme Jean-Jacques Goldman ?", demande un lycéen de Rennes, surpris d’entendre que Jean-Baptiste Robin travaille à une pièce pour clavecin inspirée d’un morceau des Guns’n roses. "Ce n’est pas trop dur un métier aussi solitaire ?" s’interroge une autre élève, de Besançon. Les réponses diffèrent : "On est tous plus au moins suicidaires", plaisante Jules Matton. Florentine Mulsant, elle, insiste sur une solitude précieuse : "C’est nécessaire de se mettre en retrait, loin de la foule déchaînée. La solitude n’est pas toujours pesante." Une réponse qui plaît à Jean-Baptiste Robin : "On a de moins en moins l’occasion d’être seul, déconnecté. Il ne faut pas en avoir peur. Pour composer, il faut revenir à soi." Applaudissements. La vie quotidienne des compositeurs intrigue les étudiants. "Avec quels outils travaillez-vous ?" Réponse de la majorité des intéressés : l’ordinateur rarement, surtout "du papier, un crayon, une gomme." Le piano aussi. "Et beaucoup de café !". Panoplie à laquelle Krystof Maratka ajoute "Les boules quiès".

Intelligence artificielle et sexisme
Les progrès de l’intelligence artificielle intriguent aussi les lycéens : "Comment appréhendez-vous l’arrivée des logiciels d’intelligence artificielle qui industrialisent votre métier ?", "Pensez-vous qu’ils vont vous remplacer ?". David Hudry se lance : "Il ne faut pas oublier que l’intelligence artificielle est, à la base, une initiative humaine, le processus de création est initié par l’homme. Ce sont des outils ! On reste les maîtres d’œuvre." Pour Florentine Mulsant, rien ne remplace le choix du compositeur, point. Les discriminations intéressent aussi les étudiants, qui posent la question à la seule femme en lice : "En tant que femme, avez-vous déjà ressenti une discrimination dans votre métier ?" Applaudissements. Fait étonnant, c’est Jean-Baptiste Robin qui se permet de prendre le micro et de répondre… "Il n’y a en tout cas aucune discrimination salariale", estime-t-il. Silence. Florentine Mulsant peut ensuite prendre le micro : "Je n’ai jamais rencontré de difficultés dans mon métier parce que je suis en femme. Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas....", estime-t-elle.

Et le lauréat 2019 est…
Au chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, président de Musique nouvelle en liberté, d’ouvrir l’enveloppe qui contient le nom du ou de la lauréate de l’année... Le lauréat du Grand Prix lycéen des compositeurs 2019 est Jules Matton, 31 ans, qui félicite les lycéens pour la pertinence de leurs questions. Tonnerre d’applaudissements. Mention spéciale est faite aux professeurs de musique, qui ont initié leurs élèves, toute l’année, à la musique d’aujourd’hui. Le Prix des professeurs est attribué, quant à lui, à Patrick Burgan.

Suzanne Gervais

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous