Europe : quelle politique pour la musique ?

Antoine Pecqueur 24/04/2019
À l’occasion des élections européennes, nous sommes allés à Bruxelles et à Strasbourg pour comprendre la stratégie de l’Union européenne dans le domaine musical. La directive sur le droit d’auteur vient de donner à l’Europe un rôle de premier plan dans la question de la création. Mais ses différents programmes culturels, entre fonds structurels et aides d’Europe créative, souffrent encore de lourdeur technocratique et d’un manque de transparence.
La première impression que l’on a de l’Union européenne (UE) est architecturale. Pour pénétrer les arcanes de sa politique musicale, nous parcourons le “quartier européen” de Bruxelles. Autrement dit, un ensemble de bâtiments monumentaux, austères. Les fonctionnaires passent d’un immeuble à l’autre, sans s’attarder, échangeant quelques mots en anglais. Impossible de s’imaginer en Belgique. Les plans d’urbanisme ont volontairement fait de ce quartier une enclave hors sol. Comme si le but était de créer un fossé entre les dirigeants européens et les habitants, ce qui constitue aujourd’hui l’un des griefs de la population envers l’UE. Les populistes s’en sont emparé pour faire de Bruxelles l’éternel bouc émissaire, en misant a contrario sur un repli nationaliste. L’Europe n’a jamais été autant décriée et, en même temps, jamais aussi indispensable face aux grandes puissances économiques mondiales.

Une compétence d’appui

En matière culturelle aussi, l’Europe n’a pas bonne presse. Le directeur de la Sacem, Jean-Noël Tronc, vient même d’en faire un livre, Et si on recommençait par la culture ? (éd. du Seuil), appelant l’Europe à se relancer par la culture pour éviter une crise identitaire. Des collectifs d’intellectuels multiplient ces dernières semaines les tribunes dans la presse, comme le plaidoyer de trente écrivains internationaux intitulé “Il y a le feu à la maison Europe”. Pour une raison simple : le continent s’est construit par l’économie, et la culture n’est arrivée que bien plus tard – elle entre dans les compétences européennes au moment du traité de Maastricht, en 1992 (seul le dispositif des capitales européennes de la culture avait été lancé un peu plus tôt). « La culture est une compétence d’appui, au service d’autres politiques. Il ne s’agit pas d’une compétence exclusive, comme l’union douanière, ou d’une compétence partagée, comme l’agriculture. Cette thématique reste donc du ressort des États nations et l’Union ne peut soutenir que des projets de coopération entre États », nous explique Michel Magnier, directeur de la Culture à la Commission européenne. L’adoption par le Parlement européen de la directive sur le droit d’auteur, le 26 mars dernier, est toutefois venue rappeler que l’Union européenne peut jouer un rôle majeur dans le champ culturel, et notamment musical. En dépit du lobbying des géants du numérique, Google en premier lieu, les Vingt-Huit ont entériné ce texte permettant une plus juste rémunération des créateurs sur le Web. Mais, de manière globale, la stratégie de l’Europe en matière de musique reste méconnue.

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