Christophe Girard : «Il faut une régulation intelligente des salles de spectacle à Paris»

Antoine Pecqueur 24/04/2019
Réforme des conservatoires, intégration de l’Orchestre de Paris à la Philharmonie… l’adjoint à la culture de la Ville de Paris fait le point sur les dossiers musicaux de la capitale.
A la suite de la démission de Bruno Julliard en septembre dernier, Christophe Girard a repris la fonction d’adjoint à la culture de la ville de Paris, aux côtés de la maire Anne Hidalgo. Le poste ne lui est pas inconnu : il l’avait occupé sous la mandature de Bertrand Delanoë, de 2001 à 2012. A un an des élections municipales, Christophe Girard entend bien faire de la culture un enjeu politique. Il joue d’emblée sur le symbole en nous recevant dans son nouveau bureau au quatrième étage de l’hôtel de ville, celui qu’occupait jusqu’alors l’adjoint aux finances, « pour bien montrer que la ville investit dans la culture ».
Où en est la réforme des conservatoires parisiens engagée par votre prédécesseur ?
En 2016, nous comptions 20 000 élèves dans nos conservatoires. Aujourd’hui, il y en a 1 500 de plus ! Il est important de pouvoir accueillir le maximum d’enfants dans nos établissements. Comme je l’ai annoncé au Conseil de Paris, nous allons poursuivre la sélection par tirage au sort, qui me semble la méthode la moins inégalitaire. Le sujet des conservatoires me tient particulièrement à cœur, car j’ai moi-même étudié le piano dans les conservatoires de Saumur et d’Angers.
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Cette réforme avait crispé une partie des enseignants, qui déploraient le développement des cours collectifs, des animations culturelles…
Dès ma prise de fonction, j’ai reçu les directeurs ainsi que les secrétaires généraux des conservatoires parisiens. Il est important d’ouvrir nos établissements, mais il ne faut pas perdre le savoir-faire. Je suis peut-être de l’ancien monde, mais je crois aux vertus du solfège. Il faut sortir d’une logique médiatique, d’apprentissage à court terme. Pour devenir architecte, on doit apprendre à mesurer. Je peux par ailleurs annoncer que le conservatoire du 14e arrondissement ouvrira ses portes à l’automne et qu’un nouvel établissement va être construit dans le 18e arrondissement.
Où en est l’intégration de l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris ?
Je tiens déjà à rappeler que j’ai toujours été un fervent défenseur de la Philharmonie de Paris auprès de Bertrand Delanoë, alors qu’à l’époque, ce dossier essuyait de virulentes critiques. J’ai siégé au jury, qui a sélectionné le projet de Jean Nouvel, même si au départ j’avais eu un coup de cœur pour celui de Zaha Hadid, mais qui avait été disqualifié pour des questions de dépassement de coût. La question de l’intégration de l’Orchestre est un dossier que j’ai suivi ces dernières années, avant ma prise de fonction, en raison de ma présence au conseil d’administration de l’Orchestre de Paris. J’ai pu échanger à de nombreuses reprises sur ce sujet à la fois avec Laurent Bayle [directeur général de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris] et Bruno Hamard [ex-directeur de l’Orchestre de Paris]. Lorsque Bertrand Delanoë était maire de Paris, il n’avait pas envisagé ce rapprochement. Mais la Philharmonie est entre-temps devenue un lieu où cohabitent différentes formations ; c’est une ombrelle commune. Il y avait donc une logique à ce processus. Il est néanmoins important que l’orchestre garde toute son identité. J’y veillerai personnellement. Il ne faut pas fondre cette histoire.
Le théâtre du Châtelet va rouvrir ses portes après deux ans et demi de travaux. Comment s’équilibre le paysage musical de la capitale ?
C’est une partition nouvelle que le Châtelet va jouer avec ses deux directeurs Ruth Mackenzie et Thomas Lauriot : nous ne perpétuerons pas l’héritage de Jean-Luc Choplin, le précédent directeur du théâtre. Nous nous réjouissons notamment de la présence comme artiste associé du chef d’orchestre Teodor Currentzis. De manière plus globale, dans une capitale comme Paris, le défaut des grands établissements, c’est qu’ils peuvent être tentés de rester chacun dans leur pré carré. Il faut que tout le monde travaille ensemble ! C’est dans cette optique que le Centquatre s’ouvre à la musique. J’entends beaucoup d’acteurs du secteur se plaindre du manque de lieux de répétitions, de coproductions. Il faut coopérer. Avec également la prise en compte du Grand Paris : par exemple, la Nuit blanche va désormais se dérouler aussi dans différentes communes. Il faut penser Paris comme une métropole.
Avec le projet de construction de salle de concert par LVMH, à côté de la Fondation Vuitton, n’y a-t-il pas un risque d’avoir trop de salles de concert à Paris ?
Il n’était pas absurde que l’ancien bâtiment du musée des Arts et Traditions populaires, inutilisé et situé à côté de la Fondation Vuitton, revienne à Bernard Arnault. On est toutefois encore loin de la réalisation de ce projet de salle de concert. Mais effectivement, il faut une régulation intelligente, surtout quand on voit aussi les difficultés budgétaires de La Scala, qui a ouvert ses portes l’année dernière.
Quel rôle va jouer la culture, et notamment la musique, dans les Jeux olympiques de Paris, en 2024 ?
Dans notre époque, marquée par des nationalismes inquiétants en Europe, je crois que nous avons plus que jamais besoin des valeurs olympiques. La ville va ainsi organiser des Olympiades culturelles. La musique y occupera une place forte. Je plaide aussi pour que nous repérions chez les sportifs ceux qui sont aussi des artistes [le contre-ténor Jakub Orlinski est aussi champion de breakdance, NDLR].
Quelle place va jouer la culture dans la bataille des élections municipales ?
J’entends ce que disent les “gilets jaunes”. Il y a plus que jamais une rupture culturelle dans le pays. Le gouvernement pense que l’idée de culture est acquise, c’est pour cette raison que ce sujet n’était pas dans le grand débat national. Or la question de la démocratie de la culture se pose à tous les niveaux, depuis la question des transports jusqu’à celle du coût des spectacles. La ville développe en ce sens un grand nombre de propositions gratuites. L’Orchestre de chambre de Paris mène une action exemplaire avec les publics les plus diversifiés, jusqu’à la prison de la Santé.
Quelles différences voyez-vous dans le traitement de la culture chez Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo ?
Ce sont deux sociaux-démocrates, qui font de l’accès à la culture une priorité. Chez Anne Hidalgo, peut-être du fait qu’elle est elle-même mère, il y a une attention accrue aux liens entre les écoles et les établissements culturels. Ce sont des passerelles que nous allons encore plus développer, par exemple avec le travail de Sarah Koné, qui dirige la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique, dans l’école de la rue de Tanger, dans le 19e arrondissement.
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