Teemu Kirjonen : «Nous avons le devoir d’éveiller les consciences»

En Finlande, l’orchestre symphonique de Lahti s’est lancé dans un projet fou : atteindre la “neutralité carbone” de ses activités. Une démarche qui s’inscrit dans le souhait de la municipalité de réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre par habitant, d’ici à 2025. Le directeur général de l’orchestre revient pour nous sur les tenants et les aboutissants de ce défi, qui a obtenu le Prix innovation du salon Classical Next.
Qui a été à l’initiative du projet de neutralité carbone de l’orchestre de Lahti ? La direction ou les musiciens ?
L’initiative est d’abord venue de la direction. Mais la toute première chose que nous avons mise en place, ce fut un atelier de travail avec tous les membres de l’orchestre, musiciens et administration. Et nous sommes convenus de nous lancer dans cet audacieux projet. Pour moi, il était parfaitement clair que cela devait être un projet de groupe, dans lequel toute l’orchestre serait engagé, plutôt qu’un simple vœu formulé par la direction.
Par où avez-vous décidé de commencer ?

Nous sommes encore au début du chemin. Mais notre première étape fut de calculer l’empreinte carbone de l’orchestre, en nous basant sur une évaluation du cycle de vie de l’orchestre réalisée par un doctorant de l’université de technologie de Lappeenranta. Ses objectifs étaient d’identifier les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre et d’examiner comment elles pouvaient être réduites ou compensées par d’autres actions. Il était important pour la crédibilité du projet de partir sur des bases scientifiques.
Naturellement, nous ne pensons pas, en tant qu’orchestre, sauver le monde à nous tout seuls. Mais ce que nous pouvons faire, c’est attirer l’attention sur ces préoccupations. Le rapprochement entre les enjeux climatiques et l’orchestre symphonique a clairement été fait. Nous voulions aller plus loin en montrant que si nous, en tant qu’orchestre symphonique finlandais, pouvons commencer à travailler concrètement sur ces problèmes, il n’y aucune raison pour que d’autres structures, quelles qu’elles soient, ne puissent en faire autant.

Dans quelle mesure pensez-vous pouvoir agir sur vos émissions de gaz à effet de serre ?

L’une des observations clés de cette thèse fut que nous devions agir sur toutes les composantes de l’orchestre et sur ses partenaires. Différents thèmes de discussion ont été mis en place. Par exemple, comment encourager notre public à venir aux concerts en empruntant davantage les transports publics ou le vélo ?

Vous parliez d’actions compensatoires… De quoi s’agit-il ?

L’un des projets dont nous pouvons parler, c’est que nous allons travailler un jour supplémentaire avant l’été, avec tout l’effectif de l’orchestre, pour planter des arbres dans les environs de Lahti. Puis nous allons calculer les résultats de ce genre d’actions compensatoires et les répercuter sur le calcul global des émissions de gaz à effet de serre qu’engendrent nos pratiques quotidiennes.

En dehors de ses déplacements, le public est-il directement impliqué dans votre campagne ?

Nous avons mis en place en 2017, avec l’organisation environnementale Myrskyvaroitus – Storm Warning ry, reconnue par les Nations unies, une expérimentation autour du “bouton vert”. Chaque fois qu’un spectateur achetait une place de concert pour l’un de nos événements, il pouvait choisir de faire un don pour compenser les émissions carbone de l’événement en question [selon les chiffres de l’organisation, un don de deux euros équivalait à compenser près de 4 000 kilomètres de trajet moyen d’une voiture roulant à l’essence normale, NDLR].

Pensez-vous que votre initiative puisse être suivie et reproduite ?

Nous avons le devoir d’éveiller les consciences. Nous espérons attirer l’attention et inciter de plus en plus d’organisations de tout type à inclure ces enjeux dans leurs activités. À l’échelle locale, l’équipe de hockey de Lahti, les Pélicans, vient d’annoncer qu’elle voulait devenir la première équipe sportive à atteindre la neutralité carbone dans le monde. La ville, qui nourrit de grandes ambitions autour de ces enjeux environnementaux, vient d’ailleurs de fermer son usine à charbon.

La suite de l'article ( %) est réservée aux abonnés...
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous