Marc Voinchet : « C’est de l’intox »

Antoine Pecqueur 28/05/2019
Le directeur de France Musique répond pour La Lettre du Musicien à la tribune signée par une centaine de responsables du secteur vivant, s’indignant de la disparition d’émissions de musique contemporaine.
Que dites-vous aux signataires de la tribune, qui s’alarment du changement de grille de la radio ?

Cette tribune a raison sur un point : elle parle d’une « mauvaise rumeur » à propos de la suppression des émissions de musique contemporaine. C’est de l’intox. A la rentrée, il y aura toujours “Ocora-Couleurs du monde” et l’émission du GRM. Cette rumeur vient d’une réunion de travail, dont le but était de réfléchir à l’avenir de la musique contemporaine à France Musique, ce qui me semble légitime.

Que va-t-il advenir des autres émissions, que l’on dit menacées, “Le Cri du patchwork”, “A l’improviste”, “Tapage nocturne” et le “Portrait contemporain” ?
Clément Lebrun, qui produit “Le Cri du patchwork”, s’arrête car il est aujourd’hui débordé, avec beaucoup d’activités de médiation. Je le regrette. Sinon, je n’ai jamais dit aux producteurs comme Bruno Letort ou Anne Montaron qu’ils ne seront pas présents à la rentrée. Ce que je souhaite, c’est mieux exposer la musique contemporaine, et ne pas la limiter à des horaires aussi tardifs que 11 heures du soir en semaine.
C’est-à-dire ?
Nous réfléchissons à créer à la place un rendez-vous de musique contemporaine le week-end, le samedi soir ou le dimanche soir après le concert. Il s’agira d’un rendez-vous dans lequel il pourra y avoir un portrait, des débats – qui ne manquent pas dans ce milieu – ou encore un concert. On en profitera même pour parler des nouveautés discographiques de musique contemporaine, ce qui n’était que trop peu le cas jusqu’à présent. Je reçois sous couvert d’anonymat beaucoup de mots de compositeurs ou d’interprètes qui veulent participer à ce nouveau projet.
Mais cette réorganisation de l’antenne n’a-t-elle pas avant tout pour but de réduire le coût de la grille ?
Les économies se font à l’échelle globale de Radio France. Je ne comprends pas comment on peut m’accuser de vouloir tuer la création alors que je l’ai toujours défendue. Il y a d’ailleurs de la musique contemporaine dans les différentes émissions de la grille : on l’a encore vu ces derniers jours avec de la musique de Guillaume Connesson dans “Génération France Musique”, un disque d’Arvo Pärt chez “En Pistes” ou encore les dernières créations de Camille Pépin dans la Matinale.
Que dites-vous à ceux qui accusent France Musique de devenir une copie de Radio Classique ?
Ce sont des gens qui n’écoutent pas France Musique. S’ils prennent le temps d’écouter les deux, et s’ils n’entendent pas la différence, cela me semble grave pour leurs oreilles, d’autant plus si ce sont des musiciens. J’ai du respect pour mes collègues de Radio Classique, mais ce ne sont pas nos concurrents. Notre concurrent, c’est notre station amie France Inter. A France Musique, nous ne travaillons pas avec des algorithmes pour programmer les plages musicales mais avec des producteurs, qui mettent la musique en scène. Nous n’avons pas de publicité et notre son est non compressé.
Les signataires de la tribune dénoncent aussi la nette diminution des captations de concerts…
Pendant longtemps, Radio France enregistrait plus de concerts qu’elle n’en diffusait. A l’heure des rapports de la Cour des comptes, cette situation n’est pas acceptable. Comment justifier cela ? Il faut protéger France Musique.
Est-ce à dire qu’elle est menacée ?
Absolument pas ! Nous allons être sur la Radio numérique terrestre, notre audience augmente, et notre offre de webradios s’est révélée complémentaire de l’antenne.
Mais comprenez-vous l’inquiétude du secteur ?
Je sens le milieu inquiet, sans doute pour des raisons de politique culturelle, avec aussi la création du Centre nationale de la musique. Mais ce qui m’étonne dans toutes ces pétitions, c’est qu’il n’y a jamais le mot “auditeur”. Pour ma part, c’est à lui que je pense en dirigeant une radio comme France Musique.
Propos recueillis par Antoine Pecqueur
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