L’essor de la création musicale en Iran

Antoine Pecqueur 29/05/2019
Rencontre avec Navid Gohari, directeur du Festival de musique contemporaine de Téhéran, dont la quatrième édition se déroule du 15 au 26 juin.
« La première édition de notre Festival s’est déroulée en 2016. Il n’y avait jusqu’alors qu’un seul festival de musique en Iran, organisé par le gouvernement, qui couvrait tous les genres musicaux. Notre initiative repose elle uniquement sur l’argent privé, même si nous avons du obtenir l’autorisation du ministère de la Culture.

Le but du Festival est de mettre en lien les compositeurs et compositrices iraniennes et les ensembles du monde entier. En quatre ans, nous avons ainsi accueilli près de 85 ensembles et donné des œuvres de 115 compositeurs, dont 60 iraniens. L’organisation n’est pas forcément évidente. En raison de la situation diplomatique, il nous est parfois difficile de faire venir des artistes étrangers. Et les sanctions économiques ont aussi rendu très difficile la recherche de mécénat. Notre budget annuel est de seulement 25 000 euros, et heureusement, les ensembles invités recherchent des financements par leurs propres moyens.

Mais il n’empêche : il y a un élan passionnant de la musique contemporaine aujourd’hui dans notre pays. Si au début de leur parcours, les compositeurs iraniens écrivent généralement des œuvres d’influence européenne, ils se confrontent ensuite à l’héritage des musiques traditionnelles. C’est une fusion très particulière. Cette année, nous mettons l’accent dans le festival sur les œuvres pour instruments à vents ; nous lançons ainsi un concours de composition pour des miniatures pour vents. Nous allons aussi faire une journée marathon avec dix heures non stop de musique contemporaine !  

Je constate enfin une grande différence entre le public de la musique contemporaine en occident et en Iran, où il est beaucoup plus jeune. La grande majorité de nos spectateurs ont entre 20 et 40 ans. L’Iran a plus que jamais besoin de musique et d’art pour fédérer la population et les étrangers, en dépit du contexte géopolitique. Il faut aussi sortir de l’image qu’ont encore beaucoup d’occidentaux qui pensent que notre pays est celui du fondamentalisme, avec un haut degré d’insécurité. Ce sont surtout des clichés ! »

Propos recueillis par Antoine Pecqueur
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