Christophe Girard : notre politique pour Paris

Philippe Thanh 15/12/2008
Au début de son deuxième mandat, Christophe Girard,
adjoint au maire de Paris en charge de la culture, reprend avec nous les grands dossiers qui préoccupent le monde musical.
D’entrée de jeu, Christophe Girard tire les choses au clair : « Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est plus que jamais déterminé sur la place que doit occuper la culture, et en particulier sur le rôle des enseignements artistiques et l’ouverture à de nouveaux publics. C’est très nettement indiqué dans la lettre de mission qu’il m’a adressée.» Il souligne aussi que « la politique de la ville de Paris en faveur de la musique vise à soutenir la diversité de l’offre musicale et à promouvoir l’excellence pour tous». Cette préoccupation se traduit par l’attribution de subventions aux entreprises et associations culturelles (voir plus bas), le financement de la Philharmonie de Paris et le soutien aux pratiques amateurs.

L’Orchestre de Paris et l’Ensemble orchestral de Paris
Après les élections municipales, en mars dernier, le temps que les équipes soient renouvelées et se mettent en place, la nouvelle mandature a commencé vraiment à la rentrée. C’est ce qui explique le laps de temps qui s’est écoulé entre le départ de Georges-François Hirsch de l’Orchestre de Paris et celui de Georges Schneider de l’EOP, et la nomination de leurs successeurs.
« Comme vous l’avez déjà annoncé, précise Christophe Girard, les dirigeants de ces deux formations viennent d’être renouvelés. Jean-Marc Bador est arrivé à la tête de l’EOP et, pour l’Orchestre de Paris, nous avons opté pour un tandem composé de Bruno Hamard à la direction générale et de Didier de Cottignies à la direction artistique. J’ai pleine confiance dans ces professionnels qui ont fait la preuve de leurs compétences et dont la nomination a été, me semble-t-il, bien accueillie par les musiciens de ces orchestres. Mais une chose est certaine : ils seront jugés sur leurs résultats. Le maire et moi-même seront particulièrement vigilants sur deux points principaux, l’équilibre financier et l’élargissement du public. La ville de Paris verse 80 % de la subvention de l’EOP, 40% de celle de l’Orchestre de Paris. Il ne serait pas admissible que les fonds publics attribués à ces deux orchestres réputés ne soient pas gérés au mieux de l’intérêt public. Cela veut dire aussi de recourir davantage au mécénat privé.»
Est-ce à dire qu’un conseil d’administration pourrait "débarquer" l’un de ces dirigeants s’il ne donnait pas satisfaction? Pour Christophe Girard, cela ne fait pas de doute, « si la gestion d’un orchestre se révélait calamiteuse. Encore une fois, il s’agit de fonds publics et nous nous devons d’être particulièrement exigeants sur leur emploi. D’ailleurs, Bruno Hamard et Jean-Marc Bador en sont pleinement convaincus ».
En ces temps de crise financière, certains se sont demandés si la ville de Paris allait continuer de soutenir deux orchestres. Christophe Girard parle, lui, de « mutualiser les moyens de gestion», expliquant qu’il verrait très bien les services administratifs de ces deux formations mis en commun plutôt que de fonctionner en doublon. Surtout lorsque les deux orchestres auront pris leurs quartiers à la Philharmonie de Paris, en 2012. « Nous y réfléchissons avec l’Etat», complète-t-il.

Les orchestres associatifs
Les trois orchestres "historiques" (Lamoureux, Pasdeloup et Colonne) ont une longue et prestigieuse histoire. « La ville de Paris les soutient avec constance, commente Christophe Girard, mais j’ai parfois le sentiment que nous intervenons plus comme un banquier que comme une véritable tutelle, dans une relation de partenariat où l’artistique primerait. J’aimerais que l’on vienne nous trouver avec un projet artistique identifié, clair, visible, et que l’on discute ensuite de son financement. Bref, que ce soit l’art et non l’argent qui soit le nerf de la guerre.»

Le théâtre du Châtelet
La programmation de Jean-Luc Choplin, très "ouverte", est diversement commentée : certains regrettent que la musique classique et le lyrique y cèdent la place à des genres plus divers. « Je soutiens à fond Jean-Luc Choplin, martèle Christophe Girard. Il a su se démarquer de ce que fait Gérard Mortier à l’Opéra de Paris et renouveler le public du théâtre du Châtelet. Les salles sont bondées et, comme me le disait récemment un des administrateurs du Châtelet : "Je n’aime pas toujours les spectacles, je ne me sens pas toujours concerné, mais bravo pour remplir les salles et enthousiasmer ainsi le public!"»

La Philharmonie de Paris
Le projet est sur les rails, les travaux commencent en janvier 2009, la salle ouvrira en 2012. La ville de Paris apporte 45 % des 240 millions d’euros d’investissements. « Ce grand équipement culturel doit contribuer au rééquilibrage en faveur de l’Est parisien. Mais cela ne marchera que si les habitants sont concernés. Le temps où l’on pouvait plaquer une institution dans un endroit sans se préoccuper de son insertion dans les quartiers est révolu. Il faut donc impérativement que le projet de la Philharmonie prenne en compte et accueille les populations qui vivent dans le 19e arrondissement. C’est à ce prix que ce grand projet prestigieux et structurant pourra être considéré comme une réussite. » Quand on lui fait remarquer que la situation de la Philharmonie dans le 19e risque de dissuader certaines catégories de public de s’y aventurer, Christophe Girard balaie l’objection : « Ce quartier est en pleine restructuration, de nouveaux équipements de transports vont en faciliter l’accès, notamment l’extension du tramway. Je souhaite que le succès soit le même qu’au 104, ce lieu de création voué notamment à l’insertion sociale par l’art qui vient d’ouvrir dans le même arrondissement, dans un quartier constitué à 60 % de logements sociaux et qui compte 20 % de chômeurs. Eh bien, la greffe a déjà pris.»
Avec ses 2 400 fauteuils, la Philharmonie va accroître sensiblement l’offre de places. N’y a-t-il pas un risque de saturation ? « Mon sentiment personnel, indique Christophe Girard, je dis bien "personnel", est que la Philharmonie ne devra pas se limiter aux concerts classiques, mais accueillir d’autres formes de musique. Quant à la salle Pleyel, qui appartient à un propriétaire privé, elle a, selon moi, vocation à retourner au privé.»

Les concours de la ville de Paris
La réduction de la subvention versée à l’ACDA - Concours internationaux de la ville de Paris - et l’emploi, à propos de ces concours, du terme "poussiéreux" par Le Nouvel Observateur a provoqué un certain émoi.
Christophe Girard, qui a déjà répondu sur ce point (voir LM 364), y revient : « Depuis sept ans, le budget de la musique à Paris est en augmentation constante et atteint cette année 32 millions d’euros (soit + 7 millions d’euros par rapport à 2001). Pour autant, une politique culturelle ne peut se contenter d’empiler subventions et nouveaux projets à l’infini. La nouvelle création, les jeunes artistes, les musiques actuelles (qui ne recevaient aucune aide de la ville avant 2001) doivent pouvoir compter sur notre soutien et sur celui d’autres partenaires publics ou privés, sinon ce serait la fin de la création et la réduction de la culture au seul maintien du patrimoine. Il nous faut donc opérer des choix : que devons-nous soutenir davantage, moins, plus du tout ? Pour l’association de Claude Samuel, il a été décidé de ne plus soutenir qu’un concours par an au lieu de deux. Si l’ACDA souhaite organiser deux concours par an, à elle de trouver de nouveaux partenaires. Je rappelle enfin que la ville de Paris lui versait 370 000 euros en 2000 pour deux concours et que cette association perçoit aujourd’hui 300 000 euros pour un seul concours... Par ailleurs, nous subventionnons aussi le Concours Long-Thibaud, à hauteur de 100 000 euros. Ce n’est pas rien.»

L’éducation musicale
La réforme des conservatoires et notamment la municipalisation des personnels non enseignants avait, lors du premier mandat de Christophe Girard, soulevé bien des passions. Aujourd’hui, celui-ci estime que les choses se sont apaisées : la municipalisation s’est effectuée et a permis l’harmonisation des tarifs proposés aux familles, avec l’application du quotient familial. Une Maison des pratiques amateurs a été ouverte (à l’auditorium Saint-Germain dans le 6e arrondissement) et constitue un centre de ressources pour les amateurs.
Christophe Girard rappelle et précise les engagements du maire de Paris pour les années à venir : « Au cours de cette mandature, nous allons offrir 3 000 places supplémentaires dans les conservatoires parisiens et créer trois nouveaux établissements dans les 12e, 13e et 17e arrondissements. Cela participe de notre volonté d’assurer l’accès de tous à l’éducation artistique, pour tout ce qu’elle apporte à l’être humain. Mais attention, la musique n’est pas un pansement social ! Par ailleurs, j’ai été stupéfait, en prenant connaissance du recensement effectué par la Maison des pratiques amateurs, du nombre de chorales, de la vitalité de tout ce tissu associatif. Le besoin le plus criant pour ces formations, c’est celui de lieux de répétitions plus encore que de salles de concerts. C’est pourquoi nous réfléchissons aux moyens de rendre accessibles les écoles en soirée et le week-end, les théâtres en été. Nous allons créer cinq lieux de répétition et de création ouverts aux professionnels dans la journée et aux amateurs le soir, le mercredi et le week-end.»

 

Le soutien de la ville de Paris à la musique en 2008

 

L’ensemble des subventions versées aux associations et entreprises culturelles se monte à 32 millions d’euros (rappel : 25 millions d’euros en 2000), dont 1,2 million d’euros aux musiques actuelles. La ville de Paris consacre donc plus de 30 millions d’euros à la musique classique et contemporaine, hors investissements.

Principales subventions
 Théâtre musical de Paris-Châtelet : 18146000 euros, dont 400000 euros en équipement (15543700 euros en 2000)
Orchestre de Paris : 5747000 euros (469 000 euros en 2000)
Ensemble orchestral de Paris : 4530000 euros (3457000 euros en 2000)
Salle Pleyel : 875 000 euros
Musique nouvelle en liberté : 450 000 euros
Concours internationaux de la ville de Paris : 300 000 euros (369 018 euros en 2000)
Orchestre Lamoureux : 175 000 euros
Chœur de chambre Accentus : 170 000 euros
Ensemble intercontemporain : 150 000 euros
Orchestre Pasdeloup : 135 000 euros
Orchestre Colonne : 115 000 euros
Fondation Long-Thibaud : 100 000 euros
Péniche Opéra : 70 000 euros
Ne figurent ici que les institutions affectées à la ligne budgétaire "musique".
Le théâtre de la Ville, bien que consacrant une part de son activité à la musique classique, n’apparaît pas car il est affecté à une ligne "théâtre et danse".

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