Combien coûte un conservatoire ?

Suzanne Gervais 29/05/2019
Le coût des établissements d’enseignement de la musique suscite de nombreux fantasmes. Mais que disent réellement les chiffres ? État des lieux au moment ou le ministère de la Culture engage une vaste réforme des conservatoires.

CNSMD : le match Paris-Lyon        

On a souvent tendance à opposer les deux CNSMD : nombre d’élèves et de professeurs du simple au double, dissymétrie de moyens, philosophies différentes… Comparaison chiffrée, alors que les deux établissements vivent, cette année, un changement de direction. À Lyon, Mathieu Ferey a succédé à Géry ­Moutier en décembre, après plusieurs mois de suspense. À Paris, on devrait bientôt connaître le nom de celui ou celle qui remplacera Bruno Mantovani.

CRR et CRD : des disparités, mais bientôt un label unique ?

Au vu des chiffres, un constat saisissant : la faiblesse des subventions du ministère de la Culture, laissant les villes ou les agglomérations porter, seules, les trois quarts du coût de leur conservatoire. Mais l’État n’en joue pas moins un rôle essentiel, dans l’organisation au niveau national des cursus, des diplômes, de la labellisation…

Le cas des pôles supérieurs

« La question des budgets est très tendue car les disparités sont énormes d’un pôle supérieur à un autre», nous confie le directeur administratif et financier de l’un de ces établissements, qui a préféré garder l’anonymat. «Autant on peut donner le coût moyen d’un CRR, autant le coût moyen d’un pôle supérieur est difficile à estimer. » Principale raison de la différence de coût entre les pôles, les disciplines enseignées : la musique, avec ses cours individuels, est plus coûteuse que la danse ou le théâtre. Premier écueil pour obtenir des informations : les pôles supérieurs n’arrivent pas à s’entendre sur le coût d’un étudiant. Si le ministère de la Culture ne donne pas de chiffres officiels, des données officieuses circulent : le coût d’un élève en DE serait compris entre 12 000 et 14 000 euros par an, tandis qu’un élève inscrit en DNSPM coûterait entre 16 000 et 18 000 euros. « Dans la ­réalité, ces coûts sont plus élevés », confie notre directeur administratif. ­L’absence d’harmonisation entre les établissements complique la donne. « Sans compter les pôles supérieurs où il y a des mises à disposition de professeurs… »

Écoles de musique municipale et associative : public contre privé

Voilà deux structures aux missions équivalentes, mais au fonctionnement très différent. Assimilée à une entreprise, l’école associative paye ses charges sociales : elle est employeur, tandis que dans les écoles municipales, la comptabilité est absorbée par la mairie ou l’agglomération. Les statuts des professeurs sont, eux aussi, très différents, tout comme leurs contrats : un temps plein dans le milieu associatif équivaut à 24 heures, contre 16 heures dans la fonction publique. Si l’école municipale dépend du ministère de la Culture, au même titre que les conservatoires, l’école associative dépend, elle, du ministère de l’Éducation nationale. Pour des raisons budgétaires, mais aussi pour sa souplesse administrative, les élus ont tendance à préférer la structure associative. L’école est alors assimilée à un service… externalisé. Bémol : la structure est totalement livrée à elle-même. On notera aussi que si les écoles de musique associatives appartiennent au secteur privé, rares sont celles qui peuvent compter sur le financement privé.

Professeurs d’enseignement artistique : quels salaires ?

Les enseignants de conservatoire qui dépendent de la fonction publique territoriale (CRD, CRR…) se répartissent en deux catégories : les assistants spécialisés titulaires du diplôme d’État (DE) et les professeurs d’enseignement artistique titulaires du certificat d’ap­ti­tude (CA).
Les titulaires du DE débutent leur carrière avec un salaire mensuel brut de 1 668 euros, les seconds avec 1 836 euros. Cet écart se creuse avec les années : en fin de carrière, les premiers gagnent au mieux 2 700 euros et les seconds jusqu’à 3 700 euros. Dans les deux CNSMD, un professeur commencera sa carrière à 34 700 euros et pourra la finir à 45 900, tandis qu’un assistant démarrera à 30 800 et la terminera avec une rémunération de 44 400 euros par an. Une différence notable sur la fiche de paie qui explique que les établissements aient tendance à privilégier, par souci d’économie, les titulaires du DE pour des postes à CA… Une logique qui pourrait expliquer un désintérêt des étudiants pour la formation au CA, diplôme qui les rendra paradoxalement moins compétitifs, une fois sur le marché de l’emploi.
Les assistants donnent 20 heures de cours par semaine, les professeurs 16 heures. Volume horaire auquel il faut ajouter la préparation des cours, le travail personnel sur l’instrument et la participation aux actions culturelles de l’établissement. Les titulaires ne sont pourtant pas les plus mal lotis : la fonction publique territoriale organisant moins de concours, le nombre de contractuels dans les conservatoires est en augmentation. Ils sont généralement embauchés pour un an et restent cantonnés au premier échelon de salaire.

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