Musique chorale baroque

Alain Pâris 29/05/2019
Haendel, Zelenka et Kuhnau en éditions Urtext.

Jan Dismas Zelenka

Pourquoi aura-t-il fallu attendre presque trois siècles pour redécouvrir la musique de Jan Dismas Zelenka (1679-1745) ? Ce contemporain de Bach, originaire de Bohême, était un véritable Européen. Il a beaucoup voyagé, ce qui transparaît dans sa musique, synthèse de la spontanéité mélodique italienne, de la structure germanique et du lyrisme tchèque, avec, dans ses dernières œuvres, une attirance pour le style galant. À la cour de ­Dresde­, il occupait des fonctions analogues à celles de Bach à Leipzig. Après y avoir été employé comme simple contrebassiste, il en devint directeur de la musique d’Église. Les quelque cent cinquante œuvres de musique sacrée, dont une vingtaine de messes, qui nous sont parvenues, font bonne figure face aux cantates et passions de Bach. Celui-ci ne fit-il pas copier une des messes de Zelenka par son fils Wilhelm Friedemann ? Signe de respect et de considération.

Pourtant, il aura fallu attendre la fin du 20e siècle pour que la musique du compo­si­teur bohémien bénéficie d’un travail éditorial approfondi. Parmi les récentes redécouvertes, la plus importante est la Missa Sancti Josephi, dont Carus propose la toute première édition. On n’en possédait qu’une copie manuscrite difficile à lire, contrairement aux autres messes dont les copies qui nous sont parvenues sont très lisibles et qui ont pu être rejouées avant même d’être éditées. Zelenka, qui, ordinairement, se limitait à des orchestres réduits, fait appel ici à un effectif très riche, avec cuivres et timbales. Il n’y a pas de Credo, mais le Gloria prend des proportions considérables, qui font penser à celui de la Messe en si de Bach. Il est difficile de dater cette messe de Zelenka avec précision, faute de mention sur le manuscrit ou dans le catalogue de ses œuvres, qu’il tenait lui-même. Elle a été créée un 19 mars (pour la fête de saint Joseph), peut-être en 1732, supposition que confirment l’audace harmonique et la diversité stylistique de ­Zelenka : la page du baroque commence à se tourner.
Le Requiem en ré majeur ZWV 46 date de la même époque, composé pour les obsèques du roi Frédéric Auguste Ier de Saxe (1733). Zelenka l’a écrit en quelques semaines et, malgré ce délai réduit, a livré une œuvre de grande dimension dans laquelle il fait preuve d’une inventivité d’écriture remarquable. On retrouve l’effectif de la messe précédente, mais avec des mélanges de timbres qui traduisent un véritable changement d’époque. À noter la virtuosité de l’écriture des parties vocales solistes qui surprennent dans le contexte d’un requiem où la sobriété était alors de mise. Ce requiem a été fréquemment exécuté dans les années qui ont suivi sa création, ce qui a donné lieu à de nombreuses copies. Mais aucun Urtext n’existait avant celui de David Erler que propose Breitkopf.
Légèrement postérieur (1738), le Miserere en ut mineur, ZWV 57, qui avait été publié dans le volume 108 de la série “Das Erbe deutscher Musik”, aujourd’hui épuisé, fait l’objet d’une réédition chez Breitkopf, révisée par ­Thomas Kohlhase.

Georg Friedrich Haendel

Trois ans plus tard, Haendel composait son œuvre la plus emblématique, Le Messie, qui a connu d’emblée un succès durable. Chose rare à l’époque, il a continué à être joué régulièrement après la mort du compositeur et a donné lieu à de multiples adaptations, notamment celle de Mozart, pour le remettre au goût du jour, ou celle d’Ebezener Prout, destinée à des effectifs colossaux ; la plus insolite restant celle ­d’Eugene Goossens (une commande de Thomas Beecham) avec ses effets de cymbales.
Mais Haendel n’avait-il pas lui-même donné l’exemple en modifiant certains airs en fonction des chanteurs impliqués et en ajoutant des instruments à vent qui n’étaient qu’optionnels à l’origine ? Les précédents Urtext avaient opté pour une synthèse de ces apports successifs. Breitkopf a choisi de publier la version de 1741, ce qui donne lieu à certaines découvertes. Les airs que Haendel a modifiés par la suite figurent en annexe, à l’exception de ceux qu’il a attribués à une autre voix soliste sans aucune transposition. Les éditeurs, Malcolm Bruno et Caroline Ritchie, retracent l’histoire de ces variantes avec précision, ce qui est passionnant.

Johann Kuhnau

Johann Kuhnau (1660-1722) a été le prédécesseur de Bach à Saint-Thomas de Leipzig. Sa musique religieuse comporte deux motets sur des textes allemands, œuvres de circonstance pour des obsèques, et un troisième en latin, « Tristis est anima mea », que Bach a repris sur un texte allemand, mais dont l’authenticité reste à confirmer. Dans un même volume, David Erler a réuni ces trois œuvres avec un quatrième motet, « Ein Mensch ist in seinem Leben wie Gras », qui pourrait être de la main de ­Kuhnau (Breitkopf). Un visage plus austère de la musique religieuse allemande.

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