Barnabé Wiorowski, tubiste et créateur de T-shirts

Suzanne Gervais 03/06/2019

À l’entendre, Barnabé Wiorowski n’avait pas la musique dans le sang. Ses parents l’inscrivent tout de même à l’école de musique de leur petit village du Gers. « La trompette, c’était le vendredi soir et ça m’empêchait d’aller jouer au ping-pong ! » Au bout de deux ans, il range son instrument, jusqu’à ce que l’intervention de musiciens dans sa classe lui donne envie de souffler à nouveau.

Harmonies et bandas

Son professeur l’oriente vers le tuba. Barnabé n’en a jamais entendu parler, mais se prend au jeu. Il entre au conservatoire de Toulouse et, pendant ses années de lycée, joue dans l’une des harmonies de la Ville rose. « Je n’étais assidu qu’en musique », se souvient ­Barnabé, qui écoute alors en boucle Tosca de Puccini. Le bac en poche, il commence à donner des cours dans l’école de musique de ses débuts. « Le Gers et les Landes sont deux départements où il y a énormément de petites écoles de musique. Certaines, dans des villages de 300 habitants, comptent une trentaine d’inscrits. » Pour autant, le tubiste de 43 ans a mis du temps à se sentir légitime dans son métier : « Quand on écoute les musiciens professionnels, on a l’impression qu’ils ont toujours su qu’ils voulaient être musiciens. Pas moi. Je suis ­bourré de complexes. Mes problèmes de rythme et d’oreille m’ont obligé à travailler énormément… »

Financement participatif

Diplôme d’État en poche, il parcourt, chaque semaine, près de mille kilomètres. « Je disais oui à tout ce qu’on me proposait : trente-six heures de cours dans les écoles de trois départements, se souvient-il. À la fin de l’année, j’étais exténué, un robot. » Alors qu’il songe à se reconvertir, un ami corniste lui suggère d’auditionner pour le chanteur Dick Annegarn. Il fera partie du groupe pendant dix ans. Quand les tournées s’arrêtent, en 2010, Barnabé envisage de monter sa propre activité, en parallèle de ses cours. « J’aime bien bidouiller sur Photoshop. Cette année-là, un orchestre de bal m’a demandé de créer un visuel pour ses 20 ans. Ça m’a donné des idées… » Une campagne de financement participatif lui permet de récolter près de 4 000 euros pour aménager son atelier et acheter du matériel. Les slogans de ses T-shirts sont toujours décalés : “Arvo Pärt, prêts, partez”, “Protect the bassonist”, “Prenez et jouez-en tous, ceci est mon cor”. Ze Barny Shop est né. Le cœur de cible ? « Les bons musiciens amateurs, qui sont souvent dans une harmonie. » Barnabé n’est pas le seul à trouver les slogans  : « Un copain professeur de tuba au CRR de Toulouse a dessiné la “Rigoletto Collection” ».

40 000 euros de chiffre d’affaires

Le musicien se fournit en T-shirts chez un grossiste toulousain. « J’aimerais bien proposer des matières plus écologiques ou “made in France”, mais le prix est trop élevé : je ne peux pas vendre mes T-shirts plus de 20 ­euros. » T-shirts, sweats, polos, caleçons, sacs, mugs… la boutique en ligne s’étoffe et le musicien entrepreneur ne compte pas s’arrêter là. Il a racheté l’ancienne épicerie de son village, qu’il retape pendant son temps libre. L’objectif : ouvrir une vraie boutique en juin. Avec 40 000 euros de chiffre d’affaires en 2018, le business de Barnabé est rentable. « Je réinvestis quasiment tout dans du meilleur matériel et je place le reste pour ma retraite », explique-t-il. Une activité chronophage : « Cela me demande de plus en plus de travail et je jongle avec mes vingt heures de cours hebdomadaires. »

D’autant que Barnabé gère son affaire seul : les commandes en ligne entre deux cours, la création de visuels le week-end. Pour autant, le musicien n’envisage pas de se consacrer à son seul commerce : « Je suis musicien, j’aime enseigner. » Sans compter que le contact avec les élèves et ses collègues lui permet de tester ses prototypes… Benoît Barrail, tromboniste, connaît Barnabé depuis trente ans : il voit dans cette double profession un moyen d’expression de sa créativité, « une qualité que l’on peut perdre quand on ne fait qu’enseigner ». Parmi ses collègues, quelques-uns mènent aussi une double vie : « Pour assurer leurs arrières et pour ne pas s’ennuyer. La routine existe aussi dans le métier de prof », confie notre tubiste entrepreneur.
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