Ars Nova : une pétition contre le directeur

Suzanne Gervais 05/06/2019
La guerre est bel est bien déclarée entre les musiciens de l’ensemble Ars Nova et leur directeur, Jean-Michaël Lavoie, en poste depuis janvier 2018 : ils viennent de lancer une pétition.

« La situation a empiré. Ars Nova devient une vulgaire boîte de production, une coquille vide ! » confie une musicienne qui joue au sein de l’ensemble depuis plus de quinze ans. Alertés en décembre dernier par un mail de leur direction annonçant un « renouvellement » de l’équipe artistique « dès 2019 », les vingt-quatre musiciens de cet ensemble spécialisé en musique contemporaine ont décidé de passer à l’action. Et l’intitulé de la pétition qu’ils viennent de lancer est tout sauf elliptique : “Sauvons l’ensemble instrumental Ars Nova !”.
Ils y accusent leur nouveau directeur, Jean-Michaël Lavoie, de vouloir faire le ménage dans l’équipe actuelle en «transform[ant] [l’ensemble] en label et en plateforme de production où les musiciens n’ont plus leur place». Leur crainte : ne plus être appelés.

De moins en moins de concerts

« Depuis l’arrivée de Jean-Michaël Lavoie, nous avons beaucoup moins de concerts. », assure la musicienne qui a voulu rester anonyme. « L’an dernier, j’ai eu trois dates, l’année prochaine, je n’en ai aucune. » Interrogé par La Lettre du Musicien, le directeur tient à rappeler qu’Ars Nova «n’est en aucun cas un orchestre permanent». et que «personne n’a été mis à la porte : jusqu’à présent, tous les projets se font avec les mêmes musiciens. A partir de cet été, nous aurons une centaine de dates rien qu’avec l’opéra d’Aurélien Dumont, Qui a peur du loup ?» Une centaine de dates… sans les musiciens. En effet, ces derniers enregistrent actuellement la musique de cette production où une bande-son sera diffusée. «"Sur scène, il n’y aura qu’une altiste, qui ne fait d’ailleurs pas partie des interprètes historiques de l’ensemble», explique la musicienne. Elle cite une autre production rassemblant trois percussionnistes «qui ne sont pas d’Ars Nova». La tradition au sein de l’ensemble voulait en effet que les postes se renouvellent — par exemple en cas de départ en retraite — par cooptation entre musiciens. Or, «le nouveau directeur artistique souhaite choisir lui-même les nouveaux musiciens.» Un changement d’habitudes qui passe mal.
La peur du changement, c’est justement l’argument invoqué par le conseil d’administration face à la fronde des musiciens. «Le conseil d’administration nous a traité de has been et de cachetoneurs, déplore un autre musicien. Nous ne sommes évidemment pas contre les changements, sauf quand cela signifie mettre les gens au chômage. Il n’y a plus personne sur scène !»

L’utilisation des subventions remise en cause

Mais la pétition ne s’arrête pas là. Autre chef d’accusation contre le directeur : l’utilisation, jugée opaque, de l’argent public. Dans leur pétition, les musiciens parlent d’un "dévoiement des subventions à d’autres fins qu’à celles de l’existence d’un ensemble instrumental". Le texte parle de «collaborations avec l’université de Montréal», où Jean-Michaël Lavoie dirige notamment l’atelier et l’ensemble de musique contemporaine. Jean-Michaël Lavoie se défend de tout conflit d’intérêt : «Ces informations sont complètement fausses et diffamatoires ! Les comptes d’Ars Nova sont publics.» Sur ce point, les musiciens n’ont pas souhaité s’exprimer davantage. Actuellement en session d’enregistrement en Charente avec une partie des musiciens, le directeur a appris l’existence de la pétition par un contact extérieur. «J’aurais apprécié que les musiciens m’en parle de vive voix. Je savais que nous avions des désaccords sur des questions artistiques, mais de là à ce que tous les musiciens signent une pétition contre le directeur… c’est inacceptable», estime Jean-Michaël Lavoie, qui note, depuis décembre, une «coupure» avec les musiciens.

Plus de 700 signataires

Les compositeurs et compositrices Georges Aperghis, Franck Bedrossian, Oscar Bianchi, Raphaèle Biston, Bernard Cavanna, Pascal Dusapin, Michaël Levinas, Martin Matalon, Philippe Manoury ou encore Philippe Hurel, ainsi que plusieurs interprètes comme la violoncelliste Ophélie Gaillard, le flûtiste Michel Moragues et des chefs d’orchestres tels que Francois-Xavier Roth et Daniel Kawka figurent parmi les 728 signataires.
Les musiciens, qui souhaitent faire modifier les statuts même d’Ars Nova afin de peser davantage dans la prise de décisions artistiques, ont prévu de rencontrer les tutelles fin juin.

Suzanne Gervais

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