New Deal à la Philharmonie de Paris

Suzanne Gervais 06/06/2019

Coup d’envoi ce 6 juin de la quatrième édition de New Deal : deux jours de rencontres professionnelles qui réunissent ensembles, festivals et programmateurs français et internationaux à la Philharmonie de Paris.

« C’est bien moins chronophage et bien plus efficace que de faire la tournée des popotes en envoyant des mails et des relances… », confie Antoine Boucon, administrateur des Cris de Paris, fidèle de la manifestation. « Ici, on n’a pas l’impression de parler dans le vide. Même si ça ne mènera pas forcément à une collaboration, les programmateurs sont disponibles : ils prennent le temps de nous écouter. », explique à son tour Anna Colombo, chargée de diffusion de l’ensemble Cantabile.

Des réponses concrètes

 « Là je vais écouter le débat sur les politiques publiques ! » lance un musicien, trombone sur le dos, à son collègue, qui trie ses cartes de visite. Quand ils ne rencontrent pas les programmateurs pour des speedmeetings, musiciens et administrateurs peuvent assister aux table-rondes et aux débats au programme. Place aux sujets concrets : Quels financements pour passer commande à un compositeur ? Quels dispositifs d’aides à l’export ? Pour leur répondre, les représentants des institutions incontournables du secteur ont répondu présent : la Sacem, le Bureau Export, l’Institut français, Musiques nouvelles en liberté… Les questions fusent, une traductrice permet aux anglophones de suivre les débats.
Créées en 2016, les rencontres professionnelles New Deal sont pilotées par la Févis. Louis Presset est le directeur général de la fédération : « Cette édition 2019 est particulière : pour la première fois, c’est la Févis qui organise entièrement l’événement [jusqu’à présent la logistique de New Deal était assurée par le salon Musicora NDLR]. Nous assumons de plus en plus notre objectif : aider, très concrètement, les ensembles à se faire programmer. » Ces 6 et 7 juin, quelque 800 speedmeetings sont organisés entre les 172 équipes artistiques attendues et 75 programmateurs. « Les équipes artistiques nous envoient leurs vœux, en amont, et nous faisons un gros travail pour faire correspondre leurs souhaits avec la réalité du marché et ce que peuvent attendre les directions des salles et des festivals, explique Louis Presset à propos des speedmeetings. On vérifie que les propositions sont compatibles, c’est la condition pour que les programmateurs aient envie de revenir. »

Scènes nationales et festivals

Après une première invitation honorée l’an dernier, l’Association des scènes nationales est de nouveau présente. « Les musiciens ont souvent une image erronée du fonctionnement des scènes nationales, explique sa secrétaire générale, Fabienne Loir. Ils pensent que ce sont des lieux inaccessibles, voir peu tournés vers la musique. Un directeur de scène nationale reçoit 250 propositions par jour… 365 jours par an ! Rien ne vaut les rencontres de visu. » Sont notamment présentes les directions des scènes nationales de Besançon, Orléans, Amiens, Tarbes, la Martinique… Gérard Lecointe dirige quant à lui le Théâtre de la Renaissance à Oullins, près de Lyon, mais a longtemps joué au sein des Percussions Claviers de Strasbourg. « J’ai été du côté des artistes pendant 35 ans. Maintenant que je suis directeur, je connais les difficultés qu’on a à retenir l’attention des programmateurs… puisque moi-même je ne réponds que rarement aux mails. Je joue donc le jeu : c’est un moment important pour le secteur musical. » Il déplore en revanche de ne pas rencontrer assez d’artistes. « 30 % des rendez-vous que j’ai fait aujourd’hui ce sont fait sans les musiciens, juste avec leur administrateur. Pour moi, ce sont des rendez-vous râtés. Quand je ne connais pas un projet, j’ai besoin d’avoir l’artiste devant moi. »

« Une plateforme unique en Europe »

Sur les 75 programmateurs qui ont répondu présent, 25 sont étrangers, essentiellement britanniques, la Févis ayant noué un partenariat avec l’association des salles de concert britanniques. L’Europe de l’Est est également présente. Pourtant, le représentant des Summer festivities of early music de Prague avoue être étonné de ne pas voire plus de programmateurs étrangers : « Avec un titre anglais – New Deal - je pensais que ce serait bien plus international… » Malgré ce petit bémol, il souligne que le caractère indispensable de ce rendez-vous « unique en Europe ». Les ensembles et les administrateurs n’hésitent en revanche pas à venir d’autres pays, comme Michel Keustermans, administrateur de l’ensemble belge La Cetra d’Orfeo. « Venant d’un autre pays, même frontalier, il est difficile d’entrer en contact à distance avec les programmateurs français : ils préfèrent juger sur pièce. » L’administrateur est un fidèle de la manifestation, même s’il avoue qu’en quatre ans, « il y a eu beaucoup de promesses, mais peu de contrats signés. » Un bilan qui ne l’empêchera pas de revenir l’an prochain : « Ce rendez-vous est une pierre importante dans l’édifice du secteur. C’est presque aussi important de rencontrer nos collègues administrateurs et directeurs d’autres ensembles que les programmateurs. Tenez, ce matin on a évoqué une possible collaboration avec Les Folies françoises… »

Suzanne Gervais

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous