Vers un crash philanthropique ?

Antoine Pecqueur 07/06/2019

Les associations en faveur du mécénat tirent la sonnette d’alarme, craignant une vaste refonte de la loi Aillagon.

L’incendie de Notre-Dame de Paris est venu remettre la question du mécénat au cœur de l’actualité. En quelques heures à peine, les plus grandes entreprises sont venues apporter leur soutien, avec des montants pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros. Jean-Jacques Aillagon, conseiller de François Pinault et auteur de la loi sur le mécénat, a alors proposé que les sommes puissent être déduites jusqu’à 90% (alors que la loi prévoit 60% dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaire). L’effet d’une telle annonce a été désastreux, en pleine crise des “gilets jaunes”. Depuis, Jean-Jacques Aillagon a quitté son poste de directeur de la Fondation François Pinault (il garde le titre de conseiller), où il vient d’être remplacé par Sylvain Fort, ancien conseiller communication de l’Elysée.

Augmentation des coûts pour le budget de l’Etat

Dans la majorité, de plus en plus de voix entendent désormais s’attaquer à ce qu’ils appellent la « niche fiscale » du mécénat. Le but est simple : le gouvernement cherche à faire 1,4 milliards d’euros d’économies pour financer les mesures sur le pouvoir d’achat. Les associations en faveur du mécénat (notamment l’Admical, l’association française des fundraisers…) viennent de signer un communiqué au ton volontairement alarmiste, intitulé “Vers un crash philanthropique ?” Le communiqué rappelle que le mécénat des entreprises contribue pour 3 milliards d’euros au financement des missions sociales des organisations d’intérêt général. Les signataires pointent ce paradoxe : « Une refonte du mécénat d’entreprise telle que dessinée par les propositions du gouvernement et du rapporteur de la commission des Finances de l’Assemblée nationale induirait sans aucun doute une augmentation des coûts pour le budget de l’Etat dans des domaines pris en charge par la générosité des mécènes. » Les associations sont d’autant plus inquiètes que ces mesures interviendraient après la réforme de l’ISF, qui a déjà eu un impact sur le mécénat des particuliers. Emmanuel Macron se trouve confronté à un dilemme : il appelle d’un côté le privé à prendre de plus en plus en charge des questions sociales et culturelles, mais, en même temps, tend à réduire sa capacité d’agir. Un symptôme propre à cette troisième voie ambiguë que le gouvernement prend en matière culturelle, entre la tradition de l’intervention publique à la française et le tout privé anglo-saxon.

Antoine Pecqueur

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