Le modèle libéral des orchestres britanniques

Aude Belloy 15/06/2008
La réputation d’excellence des formations symphoniques britanniques n’est plus à faire. Leur qualité artistique ne peut cependant masquer une situation économique des plus difficiles. Cependant, des musiciens français ont choisi de faire carrière au Royaume-Uni.
Grâce à l’Eurostar, Londres est à présent à un peu plus de deux heures de Paris. La tentation est donc grande pour le musicien français de franchir la Manche. D’autant que les attraits musicaux londoniens ne manquent pas : des concerts de haut niveau, des professeurs excellents... Certains musiciens y restent un week-end, d’autres choisissent d’y faire carrière. Dans le second cas, il est recommandé d’avoir effectué une partie de ses études in situ, afin de s’intégrer plus facilement au "milieu".
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Des études souples, mais onéreuses
Le contraste entre la France et l’Angleterre se manifeste déjà au niveau des conservatoires. La violoncelliste Lucile Perrin, étudiante au Royal College de Londres de 2003 à 2007, explique que « le niveau est bien plus hétérogène qu’en France. Il y a des musiciens qui font déjà une carrière de soliste et ont leur manager, et d’autres qui savent à peine jouer ! Par ailleurs, j’ai remarqué beaucoup plus de mixité ethnique qu’en France. Au Royal College, on compte 20 % d’Anglais et 80 % d’étrangers ».
Autre différence et non des moindres : le coût des études. Les frais de scolarité peuvent atteindre annuellement 10 000 livres (12 500 euros) pour un étudiant étranger. Il existe heureusement un système de bourses très développé qui permet de réduire une partie de ces coûts. L’étudiant peut trouver des aides en provenance de fonds européens ou du mécénat privé. Pour autant, les musiciens sont nombreux à devoir investir dans des prêts (souvent sans intérêts, heureusement) qu’ils remboursent après avoir trouvé un emploi.
Le cursus en lui-même est également très différent de celui existant en France. « Les études sont vraiment personnalisées, "à la carte", poursuit Lucile Perrin. Chaque élève prend les options qui l’intéressent. J’ai ainsi pu faire de la musique baroque dès le début de mon cursus. Ce système très flexible correspond à l’idée que l’élève est un client et que, comme il paie, il fait ce qu’il veut. » Logique libérale oblige, les conservatoires anglais proposent des cours de marketing, apprenant aux musiciens à remplir leur fiche d’impôts ou à rédiger leur CV.
Actuellement professeur de violoncelle au Conservatoire de Paris, Jérôme Pernoo a enseigné au Royal College de 2000 à 2007. Il peut ainsi comparer les deux établissements : « Au CNSMD, tout est axé sur le contenu. On mise sur la pratique, la connaissance. Le Royal College est bien plus pragmatique. L’essentiel, pour les établissements anglais, c’est l’insertion professionnelle. Mais leur grand problème, c’est qu’ils sont tout le temps axés sur la rentabilité. Les élèves entrent en fonction de leur porte-monnaie et non de leur niveau... C’est pour cette raison que j’ai quitté Londres. » Dans l’administration des conservatoires londoniens, un bureau s’occupe de trouver des possibilités de travail pour l’étudiant : enseignement, musique de chambre et, surtout, orchestre. Le travail symphonique est l’une des premières sources de motivation des étudiants. « Dès qu’ils ont un instrument dans les mains, les Anglais jouent en orchestre », résume Lucile Perrin. Des stages sont ainsi proposés dans les grandes formations anglaises. C’est l’une des portes d’entrée à ce "Saint Graal".

La spécificité des concours
Pour faire ses premiers pas dans un orchestre, l’étudiant londonien peut envoyer un curriculum vitae, écrire une lettre de motivation et éventuellement se faire auditionner. Mais la voie royale, ce sont les concours. Leur organisation est bien particulière. Il n’y a pas, comme en France, un programme important d’œuvres, nécessitant trois, voire quatre tours d’épreuve. Pour les Anglais, l’essentiel, ce sont les traits d’orchestre. Comme les concours se déroulent devant l’orchestre au complet, il n’est pas rare que l’un des musiciens demande au candidat (par ailleurs toujours applaudi) de reprendre un passage précis, avec une autre nuance ou un autre tempo. Le but est évidemment de tester sa souplesse, qualité première des orchestres anglais. A l’issue du concours, l’Orchestre choisit en général plusieurs candidats, qui vont faire leurs preuves au cours des prochains mois. Cette période de stage, appelée trial, peut aussi bien durer deux mois que deux ans. Pour Axel Bouchaux, contrebassiste au London Symphony Orchestra (LSO), « ce système présente l’avantage de pouvoir tester le candidat dans son travail en groupe, ce qui est la base de l’orchestre. Par contre, l’inconvénient est que, lorsque le stage se prolonge, la sélection se fait sur l’affectif».
Pendant sa période d’essai, le musicien est dans un stress permanent. Il découvre alors les particularités des orchestres anglais : diapason à 440 Hz (en France : 442), émission des sons après la battue du chef... Pour autant, les candidats ne se découragent pas. Pour le dernier poste de violoniste au LSO, ils étaient 200 à s’être présentés. Et cette fois-ci, l’orchestre n’a pris personne... Le chef François-Xavier Roth, dont un tiers de la carrière se déroule en Grande-Bretagne (il est régulièrement invité au LSO, chef associé au BBC National Orchestra of Wales à partir de la saison 2008-2009), approuve ce type de sélection : « La qualité d’un instrumentiste, c’est son talent personnel, mais aussi d’arriver à comprendre sa position au sein de la formation. C’est ce qui fait la force du jeu collectif des orchestres anglais. Pour un chef, la Grande-Bretagne, c’est le paradis ! » Laurent Quenelle, violoniste au LSO, salue ce système et critique l’organisation des concours français : « On ne peut pas juger un musicien sur un concours. C’est ce qui explique qu’en France, on manque de gens qui savent jouer ensemble.» La période de stage dans les orchestres français n’est en effet qu’une simple formalité. C’est la performance lors du concours qui compte.

Un rythme effréné
Une fois son poste officialisé, le musicien anglais n’est toutefois pas prêt de se reposer. Dans les orchestres, le planning suit une cadence infernale. Les journées peuvent comprendre jusqu’à quatre services (répétitions, séances d’enregistrement ou concerts), contre deux chez nous. L’angoisse, c’est la journée off. Car le musicien anglais, payé au cachet dans tous les orchestres autogérés, ne connaît pas le système de l’intermittence du spectacle. Une illustration extrême du « travailler plus pour gagner plus ». Au final, la paie n’est d’ailleurs pas mirobolante. Dans une formation de type LSO, un tuttiste gagne environ 40 000 livres (50 000 euros) par an. Dans ce contexte, les orchestres cherchent à multiplier les concerts, souvent au détriment des répétitions. François-Xavier Roth se souvient d’un exemple flagrant : « Pour un programme avec Petrouchka de Stravinsky, les Quatre Interludes marins de Britten et un concerto pour piano, nous ne disposions, avant le concert, que de quatre heures de répétition. Les musiciens anglais sont connus pour leur talent de déchiffrage hors pair et de dépisteurs de fautes dans les partitions. C’est toujours l’investissement pour le collectif. » En conséquence, de nombreux musiciens ne travaillent pas à temps plein à l’orchestre. Au LSO, Laurent Quenelle est, par exemple, employé à 60 %, tandis qu’Axel Bouchaux a choisi de prendre une année sabbatique la saison prochaine. Une saison qui s’annonce bien chargée pour le LSO, avec 85 jours de tournée en dehors de l’Angleterre. On regrettera qu’un tel système empêche souvent de développer une véritable interprétation des œuvres, l’orchestre se contentant de "lire" la musique.

Le statut des orchestres
Un tel rythme s’explique par le mode de fonctionnement des orchestres. A Londres, seuls deux orchestres sont subventionnés : le BBC Symphony Orchestra (dir. Jiri Belohlavek) et le Royal Opera House Orchestra (dir. Antonio Pappano). Tous les autres sont autogérés. « Quand on est membre du LSO, on est actionnaire de l’orchestre, explique Axel Bouchaux. J’ai des parts dans l’orchestre, dont le statut est celui d’une association, appelée charity. » Outre les ressources propres, les financements proviennent du mécénat privé. Ce peut être aussi bien des particuliers que des entreprises, comme la banque UBS pour le LSO. « Puisque nous sommes une charity, les sponsors sont détaxés. Ils déduisent ainsi de leurs impôts le montant de leurs dons », note Laurent Quenelle.
L’Etat n’est pas totalement absent, via l’aide apportée par l’Art Council, équivalent indépendant d’un ministère de la Culture. « Cet organisme n’a pas directement de lien avec le gouvernement, ce qui évite que tout change à chaque élection », observe Laurent Quenelle. Appartenir à un orchestre autogéré anglais implique d’autres responsabilités que celles d’un musicien fonctionnaire dans un orchestre français. L’instrumentiste anglais doit s’investir pleinement dans la vie de l’orchestre, au même titre qu’un cadre d’une grande entreprise. Quant au statut du musicien, il est simple : il est payé au cachet, mais est membre à vie. « Seuls mes collègues peuvent me virer », apprécie Axel Bouchaux.

La concurrence londonienne
Pas moins de six grands orchestres battent le pavé sur la place de Londres. « C’est une concurrence extrême, car le public n’est pas extensible à l’infini », analyse François-Xavier Roth. De son côté, Laurent Quenelle remarque toutefois que « la situation est complètement différente d’une formation à l’autre. Chaque orchestre a sa philosophie ». Les deux orchestres subventionnés ont une position considérée comme privilégiée. Le premier, appartenant à la célèbre entreprise médiatique, bénéficie d’une belle réputation pour la musique symphonique du 20e siècle, tandis que le second accompagne les plus grands chanteurs dans la fosse d’opéra de Covent Garden.
Dans la catégorie des orchestres autogérés, le LSO (dir. Valery Gergiev) est connu pour l’engagement de ses musiciens, toujours au service d’une très haute ambition artistique. Le London Philharmonic Orchestra (dir. Vladimir Jurowski) fonctionne en grande partie grâce à sa résidence à Glyndebourne, le célèbre festival d’opéra situé dans la campagne anglaise. Après de longues années de stand-by, le Philharmonia Orchestra (dir. Esa-Pekka Salonen, à partir de 2008-2009) repart de plus belle, avec l’appui de grands chefs invités, comme Christian Thielemann. Quant au Royal Philharmonic Orchestra (dir. Charles Dutoit, à partir de 2009), il est souvent présent dans les concerts grand public donnés en plein air.

En province, moins de pression
Changement d’atmosphère dans la province anglaise. Les musiciens sont unanimes pour dire qu’il y a beaucoup moins de pression qu’à Londres. « En province, tous les instrumentistes sont mensualisés, et non au cachet comme dans beaucoup d’orchestres londoniens, précise Matthieu Lescure, clarinettiste au BBC National Orchestra of Wales (pays de Galles). Notre emploi du temps est également plus calme qu’à Londres. Nous sommes plus relax, car nous n’avons pas de concurrent direct au pays de Galles. La qualité de vie y est aussi supérieure. C’est pour cette raison que de nombreux musiciens viennent s’installer ici pour fonder une famille. D’autant que la BBC, qui possède des orchestres à Londres, Cardiff, Manchester et Glasgow, est considérée comme l’employeur le plus sûr pour les musiciens en Grande-Bretagne. » La démarche des orchestres de province n’en est pas moins remarquable, d’autant que certains sont basés dans des régions économiquement sinistrées, meurtries par la désindustrialisation. Le City of Birmingham Symphony Orchestra a connu son heure de gloire sous la houlette de Simon Rattle (entre 1980 et 1998), l’actuel patron du Philharmonique de Berlin. Les orchestres de Hallé ou de Liverpool sont également de haute tenue. En Ecosse, le Royal Scottish National Orchestra est dirigé par un chef français : Stéphane Denève. Quant au BBC National Orchestra of Wales, son futur chef associé privilégié est François-Xavier Roth. Rappelons également que le BBC Philharmonic Orchestra de Manchester fut dirigé de 1992 à 2003 par Yan-Pascal Tortelier, le fils du célèbre violoncelliste Paul Tortelier. La perfide Albion apprécie décidément la french touch pour les chefs d’orchestre.

Le succès des concerts éducatifs
C’est une spécialité anglo-saxonne. La question de la transmission est centrale dans la société britannique, d’où un développement exponentiel des concerts à destination du jeune public. Pas une formation qui n’ait un département spécialement dédié à cette cause. « Le LSO joue dans les quartiers défavorisés de l’est de Londres, témoigne Laurent Quenelle. On éduque ainsi le public du futur et, en plus, c’est ce qui rapporte de l’argent. C’est l’un des bons côtés du capitalisme à l’anglo-saxonne. » La méthode est bien rodée : les orchestres forment des musiciens-animateurs qui conçoivent et présentent des programmes thématiques (les transports publics, les monstres...). Le résultat est toujours vivant et pertinent. « Je me souviens avoir dirigé "Baba-Yaga" des Tableaux d’une exposition avec une chanson karaoké pour les enfants. Les Anglais sont vraiment les meilleurs pour ce type d’actions », affirme François-Xavier Roth, qui, dans quelques mois, va diriger la 10e Symphonie de Chostakovitch au Royal Albert Hall de Londres, chorégraphiée avec 250 enfants des quartiers défavorisés. L’exemple anglo-saxon fait des émules. C’est ainsi que l’Orchestre philharmonique de Strasbourg fait régulièrement venir des animateurs d’outre-Manche pour ses concerts jeune public. La saison prochaine, la salle Pleyel accueillera le LSO dans un programme éducatif dirigé par un autre chef français régulièrement invité à Londres, Christophe Mangou.

La manne des musiques de film
Star Wars, Harry Potter... Les bandes originales de ces productions à succès ont toutes été enregistrées à Londres. La musique de film fait partie intégrante de la vie du musicien londonien. Après une répétition avec Pierre Boulez, il n’est pas rare de voir un instrumentiste partir à toute allure pour enregistrer la BO du prochain Walt Disney ! Mais les mœurs changent, comme nous l’explique Axel Bouchaux : « Avec John Williams, l’orchestre travaille encore à l’ancienne, c’est-à-dire que nous jouons en regardant les images. Mais aujourd’hui, malheureusement, la plupart des compositeurs préfèrent travailler au chronomètre. Nous jouons donc avec un clic dans l’oreille pour être synchronisés avec le film. »
Autre motif de mécontentement : la rémunération. Elle est fixée à 150 livres (188 euros) pour un service de trois heures. Ce montant est imposé par le syndicat des musiciens d’Angleterre, l’une des plus puissantes organisations de musiciens au monde. « Ce montant n’a pas bougé depuis trente ans », soupire Laurent Quenelle. La raison en est simple : à l’heure de la mondialisation, les studios sont de plus en plus nombreux à faire enregistrer les musiques des films dans les pays d’Europe de l’Est. Les orchestres de Bulgarie et de Roumanie risquent ainsi de devenir les prochaines formations symphoniques "hollywoodiennes". Outre les musiques de film, le répertoire crossover est bien présent en Angleterre. Les grands noms de la pop apprécient toujours de pouvoir chanter au côté d’une phalange renommée.

L’éclectisme de la création contemporaine
Comment la musique contemporaine, souvent réputée hermétique et élitiste, peut-elle supporter les contraintes du libéralisme anglo-saxon ? C’est le défi auquel doivent répondre les ensembles spécialisés. A commencer par le London Sinfonietta, la formation maîtresse dans ce répertoire. Laurent Quenelle, qui y joue régulièrement, témoigne : « Financièrement, c’est très dur pour cet ensemble. Mais ses musiciens essaient de faire venir un autre public. Ils sont plus ouverts qu’en France à la musique minimaliste et n’hésitent pas à développer des concerts "fusion" avec des musiciens de techno réputés. » Leur chef, Oliver Knussen, ne cède néanmoins jamais aux sirènes des musiques commerciales et continue de défendre les grands noms de l’avant-garde, de Wolfgang Rihm à George Benjamin, sans oublier les commandes à de jeunes compositeurs. Les grands orchestres ne délaissent pas non plus ce répertoire. Le LSO a développé un concept particulièrement judicieux : pour éviter de faire fuir le public en annonçant des créations mondiales, celles-ci ne sont pas indiquées dans le programme. Avant le début du concert, le compositeur et un musicien prennent la parole pour présenter cette œuvre "surprise". Le LSO souhaite ainsi développer les créations des compositeurs anglais actuels, trop peu connus.

La vogue des ensembles sur instruments anciens
Le mouvement baroque s’est développé considérablement dans les années 80 en Grande-Bretagne. Les noms des ensembles sont connus de tous les amoureux de la musique ancienne : Academy of Ancient Music, English Concert, London Classical Players... Ces ensembles ont bien prospéré grâce au disque. Aujourd’hui, seuls les plus vaillants résistent. L’Orchestra of the Age of Enlightenment a la particularité de jouer sur instruments anciens un répertoire très large, allant de Bach à Wagner. Les chefs les plus renommés, tels Simon Rattle ou Ivan Fischer, viennent diriger cette formation. L’Orchestre révolutionnaire et romantique de John Eliot Gardiner continue de proposer des programmes audacieux, comme cette intégrale des œuvres symphoniques de Brahms alliée à des pièces du répertoire baroque. Le flûtiste Alexis Kossenko a eu la chance de jouer au sein de cette formation : « Ce qui est frappant, c’est leur grande rigueur professionnelle. Pas un musicien en retard ! Il y a une implication personnelle de chacun. Cette discipline de groupe permet d’aller très vite dans les répétitions. En France, chaque musicien veut souvent mettre son caractère dans l’interprétation, ce qui prend plus de temps. On reproche parfois aux ensembles anglais sur instruments anciens d’être un peu fades, trop neutres. Mais la personnalité de leurs chefs, comme Gardiner, compense largement. » Par ailleurs, le retour sur instruments anciens a "placardisé" un grand nombre d’orchestres de chambre modernes. L’Academy of Saint Martin in the Fields ou l’English Chamber Orchestra voient leur activité réduite comme peau de chagrin.
Les effets de la crise du disque
Les orchestres anglais ne sont pas restés inertes face à la crise du disque. Peut-être parce qu’ils en ont été les premières victimes, tant leur activité d’enregistrement était importante. Le Philharmonia Orchestra a d’ailleurs été fondé en 1945 par un producteur de disques, Walter Legge. En outre, Londres abrite, à Abbey Road, les plus prestigieux studios d’enregistrement au monde. Mais comment réagir face au développement d’Internet et des téléchargements ? Le LSO a lancé une collection de disques "LSO Live", consistant à enregistrer en direct les temps forts de sa saison. Les financiers saluent la rentabilité du processus, qui évite tous les coûts de studio. Quant aux musiciens, ils sont eux aussi ravis. « C’était pénible et poussif d’enregistrer en studio, dit Axel Bouchaux. On saucissonnait les œuvres de A à Z. Avec ces live, c’est le plaisir de jouer en concert qui transparaît. » L’idée a d’ailleurs été reprise par d’autres formations, comme l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Dans les orchestres de la BBC, tous les concerts sont enregistrés pour des diffusions radiophoniques. « C’est un avantage et un inconvénient, analyse Matthieu Lescure. D’un côté, l’orchestre se donne toujours à fond. Par contre, il n’ose pas forcément prendre des risques car les micros sont là. D’où une certaine torpeur dans les interprétations... » Citons également l’initiative de la violoniste anglaise Tasmin Little, qui a sorti son dernier album en téléchargement gratuit sur le Net. Ce ne sont donc pas les idées qui manquent pour affronter les défis du numérique.

Une précarité sociale
« Les conditions de travail pour un musicien sont plus dures que partout ailleurs en Occident », affirme François-Xavier Roth. Ni congés payés ni retraite. « Ma feuille de paie tenait en une ligne », se souvient Jérôme Pernoo. La vie en Angleterre se gère souvent au jour le jour : Carpe diem. Pour autant, les musiciens anglais ne déplorent pas leur situation. « Il y a une certaine passivité dans les rangs des orchestres. Pas un musicien ne râle », observe Matthieu Lescure. Autre difficulté propre à Londres : le coût de l’immobilier. Pour habiter dans le centre de la capitale, le musicien doit vivre en colocation. Si l’idée paraît sympathique pour les étudiants, elle a de quoi refroidir des familles. Le musicien français doit-il alors tenter sa chance outre-Manche ? Comme on l’a vu, l’offre musicale reste d’une grande richesse. Et les amoureux d’orchestre prendront un plaisir unique à partager leur passion dans les rangs des phalanges britanniques. D’autant que l’intégration n’est pas un problème dans un pays aussi cosmopolite. Au final, reste un choix politique : accepter ou non d’entrer dans le jeu du libéralisme culturel...

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