Paul Fournier : « Depuis l’arrivée de Franck Riester, c’est silence radio sur les festivals »

Antoine Pecqueur 20/06/2019

Directeur du centre culturel de rencontre de l’abbaye de Noirlac, Paul Fournier est aussi président de France Festivals, fédération des festivals consacrés au spectacle vivant. Au moment où s’ouvre la saison d’été, il fait le point sur l’état du secteur.

Y a-t-il encore une politique de l’État en matière de festivals ?
L’État s’est en grande partie retiré du financement des festivals il y a une dizaine d’années. Il y avait alors une profusion de festivals, et l’État n’arrivait plus à faire face à un tel développement. Il a donc décidé de garder en aides directes quelques têtes d’affiche, comme Aix-en-Provence, Avignon ou ­Musica.

Et sur le terrain, les Drac étaient peu ou prou livrées à elles-mêmes. Lorsque Françoise Nyssen est arrivée à la Rue de Valois, elle a pris fait et cause pour les festivals. Elle a confié une mission sur le sujet à Serge Kancel, qui nous a immédiatement rencontré. L’idée était de mettre en place une charte des festivals, qui aurait permis de recréer une politique de l’Etat, via les Dracs. Il nous semblait pertinent que l’Etat reprenne la main sur les festivals en décentralisant son action, et ne se contente pas de soutenir quatre-cinq festivals.

Où en est-on depuis l’arrivée de Franck Riester ?

C’est silence radio. La dynamique est arrêtée. Serge Kancel ne sait pas ce qu’il doit faire avec sa mission. Je ne comprends pas cette absence de continuité des services de l’État. Nous sommes dans l’inquiétude.

Les collectivités territoriales sont en première ligne dans le financement des festivals…

C’est pour cette raison que nous lançons cet été une grande enquête, avec l’université de Montpellier et Emmanuel Négrier, sur l’empreinte territoriale des festivals. Il s’agit d’aller au-­delà des habituelles études sur les retombées économiques. Les collectivités ont besoin d’arguments politiques, pour montrer qu’un festival ne se limite pas à accueillir quelques bobos parisiens et des touristes. Je le sais bien, puisqu’à Noirlac, plus de la moitié du public est constituée de locaux.

Êtes-vous inquiet du projet de refonte du mécénat ?

Si la loi Aillagon de 2003 est remise en cause, partiellement ou totalement, plus de la moitié de nos adhérents vont se retrouver en difficulté. Ce qui va se passer à la rentrée sur la question du mécénat sera décisif. Nous nous tenons prêts à monter au créneau.

Après avoir été longtemps concentrée sur la musique classique, votre fédération accueille d’autres arts. Expliquez-nous ce choix ?

Nous sommes ouverts à tout le spectacle vivant, mais pas aux arts plastiques. Entre la danse et la musique, il n’y a pas de différence. C’est le fait festivalier qui est important. Nous avons aussi bien dans notre fédération le Festival d’Avignon que la Biennale de Lyon ou le Festival de jazz de Nevers. Plus on s’ouvre, plus on a de poids politique.

Quelle est la place des festivals dans le paysage culturel ?

Il y a aujourd’hui une logique de complémentarité entre les festivals et les scènes permanentes. Rares sont les festivals à ne durer que quelques jours l’été, la plupart ont des actions tout au long de l’année. Et, à l’inverse, les saisons des scènes permanentes comportent des temps forts, des mini-festivals. À France Festivals, nous n’avions pas hurlé avec les loups en 2015 au moment de la sortie de la “Cartocrise” des festivals. Car si certains festivals disparaissent, d’autres naissent. Il n’y a pas de tendance au déclin. Nous sommes attentifs à ce que les festivals aient bien leur place au sein du futur Centre national de la musique.

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

 

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