Jean-Paul Quennesson : « A Radio France, la création est sinistrée »

Suzanne Gervais 20/06/2019

Alors qu’une manifestation est organisée aujourd’hui devant la Maison ronde par les compositeurs et les interprètes, Jean-Paul Quennesson, corniste et délégué syndical (Sud) à l’Orchestre national de France, s’exprime sur les inquiétudes des musiciens quant à l’avenir de la création à Radio France.

Quel sera l’impact du plan d’économies pour la musique à Radio France ?
Il y avait déjà eu un symbole fort en 2015 : le studio Olivier-Messiaen a été débaptisé pour ne plus garder que son numéro, studio 104. Le bilan de la création était déjà

calamiteux avant le projet de réforme. On nous parle de 61 créations pour la saison 2018-2019, mais ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose. A l’Orchestre national de France, nous avons fait trois, quatre créations cette année, maximum. Le Philharmonique en fait un petit peu plus, mais à peine. Et nous n’avons aucune visibilité sur les futures commandes. La création est l’angle mort de la direction de Radio France. Et le plan d’économie ne va qu’accroître le désastre.

Quelles sont les craintes des musiciens de l’Orchestre national de France et du Philharmonique de Radio France ?
Dans le plan d’économie, on nous annonce des suppressions d’emploi : nous les refusons catégoriquement. Cette semaine nous avons eu quasiment 100% de musiciens en grève. Nous avions fait des efforts importants à l’issue de la grève de 2015. Il y a eu des suppression de postes dans les deux phalanges, au sein du choeur également. Mais si nous voulons remplir nos missions, nous ne pouvons plus descendre en dessous de nos effectifs actuels. Il ne viendrait à l’esprit de personne de vouloir constituer une équipe de foot à moins de onze ! La solution sera donner davantage de concerts avec une véritable politique de création. La direction nous fait clairement comprendre que les formations musicales doivent avant tout dégager des ressources propres et faire de la billetterie pour participer au plan d’économies annoncé par Sibyle Veil.

Quelle est, selon vous, la philosophie qui sous-tend cette réforme ?
Il faut faire de l’audience. Et, pour cela, proposer aux gens se qu’ils veulent entendre - ou croient vouloir entendre, plutôt que de susciter la découverte et la surprise. Radio France doit être la radio de l’offre et pas la radio de la demande. Cette culture de la recette n’est pas compatible avec les missions d’un orchestre de service public : notre cœur d’activité, c’est l’illustration du répertoire et la défense de la création. Par ailleurs, on s’achemine dangereusement vers une diminution du nombre de captations. La musique de film sera aussi de plus en plus présente dans la programmation. Et la direction en parle comme étant l’alpha et l’oméga de la création… Il est en effet question de profiter du Brexit pour rapatrier la musique de film à Paris, qui constituerait une source de revenus intéressante. Mais est-ce là notre mission ?

Propos recueillis par Suzanne Gervais

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