Vialma, le nouveau concurrent de Qobuz

Suzanne Gervais 26/06/2019

Une nouvelle plateforme de streaming s’impose sur le créneau du classique et du jazz. Guillaume Descottes, son fondateur, nous explique comment il veut être rentable tout en payant davantage les artistes que Spotify ou Deezer.

Aucune plateforme de streaming musical n’est aujourd’hui rentable. Quels sont les défis quand on se lance ?
La plupart des plateformes perdent de l’argent, c’est vrai. Mais il ne faut pas regarder qu’en Occident : d’autres plateformes ailleurs dans le monde arrivent à être rentables ou ne sont pas loin. Je pense à l’entreprise chinoise Tensent avec sa plateforme de streaming QQ Music, qui a développé toute une branche karaoké. En Inde, la progression de Gaana est remarquable et, au Moyen-Orient, Anghami est presque à l’équilibre. Pour revenir à ce que nous connaissons mieux, Spotify a été rentable il y a quelques mois, mais a décidé d’investir davantage. Vialma [70 000 abonnés, NDLR], qui a été lancée en 2015, n’est pas encore rentable, mais je suis convaincu qu’il est possible de gagner de l’argent avec le streaming. L’offre doit aller plus loin que le seul fait de proposer un catalogue de titres en ligne.
Qobuz, Idagio, Qwest, Primephonic… Comment se démarquer dans un paysage de plus en plus concurrentiel ?
Nous misons beaucoup, en plus de notre activité de streaming, sur ce qu’on appelle la vente “additionnelle”. Nous démarchons les entreprises et les cabinets d’avocats en leur proposant, par exemple, d’offrir des abonnements à leurs clients. Une compagnie d’assurances a ainsi fait appel à nous pour proposer un parcours musical sur mesure à certains de ses collaborateurs. Nous misons aussi sur les partenariats avec les salles de concerts. L’une d’elles nous a récemment demandé de préparer des playlists agrémentées d’anecdotes et de fiches sur les artistes – en guise de préambule à sa saison – pour ses mécènes et, dans un second temps, le public. Ce créneau constitue un marché important et n’est pas encore occupé par les plateformes. Pour durer, je suis convaincu qu’il faut aussi nouer des partenariats, comme nous venons de le faire avec Radio Classique.
Combien rémunérez-vous les artistes ?
Trois centimes par écoute. Soit entre 10 et 20 fois plus que Spotify ou Deezer. Cela est possible car nous avons très peu d’œuvres en écoute gratuite sur Vialma. Notre ratio d’auditeurs payants est plus important. Et nous misons sur le fait que les auditeurs vont écouter une piste ou un programme en entier. On observe que la musique classique et le jazz se prêtent moins au “zapping” que les musiques actuelles. Il est plus intéressant pour nous qu’un internaute écoute en entier une piste de dix minutes plutôt que de picorer dix morceaux différents en une minute. Cela morcelle moins la rémunération.
Les grandes plateformes misent de plus en plus sur l’intelligence artificielle avec la recommandation algorithmique, notamment. Quelle est votre position sur le sujet ?
Nous n’avons, jusqu’à présent, proposé à nos abonnés que des suggestions 100% humaines. Nous allons commencer à faire des suggestions algorithmiques, mais il faut être vigilant. Prenez Spotify : les algorithmes font des propositions musicales selon un profil socioculturel donné. Comme chez Facebook ! Certes, il y a de grandes chances pour que les morceaux proposés plaisent, mais ce procédé enferme l’auditeur dans une bulle. Nous sommes en phase de recherche, mais nous savons déjà que nous sommes davantage intéressés par des suggestions basées sur l’historique d’écoute de l’internaute. Il faut bien savoir que les recommandations d’un service de streaming ne représenteront jamais 100% des goûts musicaux de l’auditeur. Reste cependant à trouver un moyen de susciter la découverte et de ne pas le maintenir en vase clos.
Après votre récente levée de fonds de 900 000 euros, envisagez-vous de vous étendre à l’étranger ?
Il est très compliqué – et coûteux – de se lancer aux Etats-Unis. C’est un casse-tête juridique sans nom, et le marché est saturé : Idagio, Primephonic et Qobuz sont tous arrivés outre-Atlantique en septembre. Nous regardons plutôt vers l’Asie, mais il est indispensable d’avoir de bons partenaires sur place pour se lancer. Je suis attentif au marché chinois, mais Asie ne rime pas qu’avec Chine ou Japon. La Corée du Sud, Taïwan et Singapour sont très mélomanes, tout comme l’Australie, qui offrent des perspectives très intéressantes.

Propos recueillis par Suzanne Gervais

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