Festivals : la politique inégalitaire de l’État

Antoine Pecqueur 26/06/2019
La France, terre de festivals ! Cette affirmation, digne d’un slogan marketing, semble, a priori, parfaitement refléter la réalité.
On compte plus de 2 000 festivals dans l’Hexagone, et plus d’un Français sur dix se rendrait dans l’un d’entre eux au moins, chaque année. Ce dynamisme concerne tous les genres artistiques, de la musique baroque au cinéma d’auteur – et il y a même désormais un festival de journalisme (organisé par nos confrères du groupe Le Monde). Le succès d’un tel événement repose sur des ingrédients simples : la pertinence d’une programmation, mais aussi la richesse d’un lieu, l’échange avec les artistes. Bref, la convivialité, qui fait trop souvent défaut aux institutions culturelles.
Les festivals ont aussi le grand mérite de relier patrimoine et spectacle vivant, deux domaines qui se sont longtemps regardés en chiens de faïence. Et c’est souvent dans ce cadre que se réinvente la forme même du concert. Fini le rituel “ouverture-­concerto-symphonie”, place aux mélanges des formes, des musiciens (parfois aussi amateurs et professionnels). Donc tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Sauf que la politique de l’État en matière de soutien aux festivals est absolument scandaleuse. Le ministère de la Culture dit vouloir s’attaquer aux déserts culturels. C’était le plan “Culture près de chez vous” lancé par Françoise Nyssen. Dans les faits, c’est exactement l’inverse qui se pratique. L’État se contente de soutenir quelques grands festivals. Au premier rang desquels celui d’Aix-en-Provence, dont le nouveau directeur, Pierre Audi, a déjà annoncé vouloir augmenter le budget (aujourd’hui de 23 millions d’euros). Pendant ce temps, l’immense majorité des festivals tente de survivre, grâce aux bénévoles, aux artistes qui acceptent des cachets dérisoires, aux soutiens même maigres des collectivités territoriales, sans oublier l’aide des organismes comme la Sacem, la Spedidam, l’Adami, Musique nouvelle en liberté…
Or le rôle de l’État est de veiller à l’équilibre de l’offre culturelle sur le territoire. En matière de festivals, le ministère ne semble vouloir aider que les plus gros, tel un sponsor qui voudrait s’afficher avec les manifestations les plus prestigieuses. Et cela, au détriment de toute mission de démocratisation et d’accès à la musique classique. Un signe fort serait de voir cet été Franck Riester sortir de son itinéraire balisé Avignon-Aix et aller sur le terrain se rendre compte de ce qu’est l’écosystème de ces centaines de festivals, qui contribuent tant à l’attractivité culturelle de l’Hexagone.
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