La lente renaissance de la musique classique en Grèce

Vincent Agrech 26/06/2019
Comment les institutions musicales grecques ont-elles traversé la pire crise économique et sociale qu’un pays occidental ait vécue depuis le krach de 1929 ?
Les orchestres symphoniques professionnels grecs, qui dépendent des collectivités territoriales ou de l’État, ont été mis à rude épreuve. Athènes en compte trois : l’Orchestre d’État d’Athènes, le plus prestigieux, et donc le mieux préservé ; l’Orchestre hellénique de la radiotélévision, très affecté par la crise ; et l’Orchestre de l’Opéra national, sauvé par la manne de la Fondation ­Stavros-Niarchos. À Thessalonique, le symphonique d’État a maintenu une activité de bon niveau. Tous cependant ont dû accepter des coupes salariales drastiques et supporter des mois entiers sans rémunération.

La Fondation Stavros-Niarchos

Les deux armateurs rivaux Stavros ­Niarchos et Aristote Onassis ont laissé à leur mort des fortunes colossales et des entreprises prospères, qui alimentent les fondations portant leur nom. Elles se sont vues submergées d’appels à l’aide dans un pays qui s’effondrait. C’est donc le privé qui aurait sauvé la vie culturelle grecque ? Ironique ! La Fondation Stavros-Niarchos a ainsi volé au secours de l’Opéra national de Grèce, en lui offrant un nouvel espace dans le cadre du spectaculaire centre culturel au nom de l’armateur. Si les salaires permanents et le fonctionnement de l’Opéra restent payés par le ministère de la Culture, la Fondation Stavros-Niarchos contribue aux budgets d’activités artistiques ; elle vient notamment de voter une enveloppe pluriannuelle de 60 millions d’euros pour soutenir les coproductions internationales.
Le positionnement de la Fondation Onassis cible la création, en particulier dans ses dimensions transdisciplinaires, l’expérimentation des techniques et la caisse de résonance donnée aux débats intellectuels, scientifiques, politiques et sociaux. Le Stegi, l’établissement athénien de la Fondation, que dirige Christos Carras, est le centre nerveux d’un réseau qui met en relation des partenaires internationaux de premier plan (dans le domaine musical, il entretient une collaboration suivie avec l’Ircam, le Klangforum Wien, l’ensemble Ictus…) et les artistes, les producteurs… Un tissu fragile, car les compositeurs nationaux qui espèrent vivre de leurs œuvres doivent s’exiler.

Musique de chambre et instruments anciens, les parents pauvres

Ensembles et musique de chambre demeurent d’ailleurs les parents pauvres d’un pays où les conservatoires, extrêmement traditionalistes, sont encore essentiellement tournés vers la formation de solistes. Même au Conservatoire d’Athènes, le soutien apporté par la Fondation ­Onassis à l’étude et à l’interprétation de Messiaen passe aujourd’hui encore pour un geste follement avant-gardiste ! À l’autre bout du spectre, la musique ancienne défendue par George Petrou à la tête de son Armonia Atenea rencontre du succès à l’étranger, mais ne parvient pas à stabiliser son existence en Grèce, malgré sa résidence au Megaron.

L’enjeu, pour les compositeurs, sera d’inscrire leurs œuvres dans une autre filiation que le folklorisme symphonique, et d’inventer un échange fécond entre ce patrimoine immense et la modernité.
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