Les Académies d’été : à la découverte d’autres horizons artistiques

27/06/2019
Dans la pléthore d’académies proposées aux musiciens, nous avons choisi de mettre en avant des initiatives accordant une large part à la musique d’ensemble et tournées vers différents types de répertoires.
C’est avec enthousiasme que les apprentis musiciens, débutants ou confirmés, jeunes ou moins jeunes, s’inscrivent à une académie d’été. Décor souvent magnifique, ambiance atypique, nouvelles rencontres, une académie d’été pourrait ressembler à un séjour idéal dans un cadre privilégié. Alors, farniente ou travail assidu, que recherchent les stagiaires, les professeurs et les directeurs d’académies musicales, qui, quelques semaines après la fermeture des conservatoires, poursuivent leurs rêves artistiques au-­delà des murs de leur établissement ?

Improvisations entre lac et montagnes

Commençons par l’Académie musicale d’Évian, qui, parmi son offre de stages d’orchestre, permet aux élèves de 2e ­cycle de s’investir dans la création d’un spectacle, composition et scénario ­compris. « La volonté de valoriser les niveaux intermédiaires a donné naissance à cette innovation pédagogique, nous explique Fabrice Requet, son directeur artistique et pédagogique. Une trame musicale est donnée aux stagiaires, qui composent ensuite, accompagnés par leurs enseignants. En 2019, le spectacle sera centré sur les cinquante ans du premier pas de l’homme sur la Lune, et fera la part belle aux arts du théâtre et de l’image. »
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L’Académie propose également aux musiciens d’assouvir leur passion du jazz pendant l’été. Elle axe ses formations sur la musique d’ensemble, comme le big band ou l’orchestre de jazz, tout en diversifiant son enseignement grâce à la mise en place de cours de technique instrumentale, d’interprétation et d’improvisation. « L’objectif est de donner aux adolescents et aux adultes, souvent autodidactes, les clés théoriques de la pratique du jazz et de leur permettre d’enrichir leur langage », selon Fabrice Requet. Le premier jour de stage est une jam-session (un “bœuf” en français) pour les étudiants, qui peuvent ainsi apprivoiser l’ambiance du pôle jazz. Cette session d’improvisation permet également aux professeurs de répartir les stagiaires en fonction des attentes de chacun. La musique latine est aussi à l’honneur, ainsi que le travail de création dans l’atelier Labo­leader, qui amène les élèves à réaliser des arrangements de standards du jazz.
Qu’en pensent les élèves ? Laure, étudiante en trompette à la Haute École de musique de Genève, nous dit qu’« il est extrêmement rafraîchissant de pouvoir venir ici chaque année, et de se libérer pendant une semaine des contraintes de l’apprentissage de la musique classique ».

La musique contemporaine à l’honneur

À Strasbourg, l’ensemble Linea offre une immersion complète dans le répertoire de la musique contemporaine, pour les musiciens d’un niveau 3e cycle minimum de conservatoire, ayant déjà une pratique de ce répertoire. Sachant que certains élèves sont étudiants à un niveau licence ou même master, on peut comprendre l’exigence avec laquelle enseignent les professeurs de cette académie. La plupart sont membres de l’ensemble Linea, avec quelques exceptions comme Alain Billard, clarinette solo de l’Ensemble intercontemporain.
Chaque journée est ponctuée par une heure de cours individuel et des cours de musique de chambre. Ce travail intensif trouve son aboutissement dans les séances de musique d’ensemble, qui donnent la possibilité à des étudiants en direction d’orchestre de s’exercer et d’insuffler leurs idées musicales à l’orchestre.
Véritable vivier de jeunes artistes, le stage permet de faire éclore et de repérer les talents, qui sont, pour certains, distingués par un prix de l’académie ; une seconde participation à l’académie leur est offerte, l’année suivante. On retrouve, également, les meilleurs d’entre eux, en tournée avec l’ensemble Linea, ou se constituant en groupes de musique de chambre afin d’évoluer dans la sphère musicale nationale et internationale*.

Ouverture aux amateurs

Forte de sa fréquentation en hausse depuis trente ans, l’académie chœur et orchestre est l’un des temps forts de l’offre de stages proposés par le centre culturel de rencontre de l’abbaye de Sylvanès, en région Occitanie. Elle est animée par le chef de chœur Michel Piquemal. De nombreux choristes amateurs de bon niveau participent à ces dix journées de cours, qui permettent de monter un programme d’envergure (Mozart, cette année), proposé en concert à l’issue du stage.
Quand les stagiaires arrivent à la première répétition, ils ont déjà étudié la partition. L’objectif de Michel Piquemal est d’amener les chanteurs sur le terrain de l’interprétation : « L’important est la recherche des émotions, afin que les choristes se dépassent et se mettent au service du compositeur. Je souhaite leur faire prendre conscience de ce que représente une conception professionnelle de la musique. »

Brassage culturel

Les académies offrent enfin l’occasion de découvrir des répertoires inédits. Milena Jeliazkova, membre du quatuor ­Balkanes, est l’une des enseignantes du stage consacré aux chants polyphoniques bulgares à Sylvanès. « Le chant bulgare étant une musique modale à tempérament inégal, il est important de commencer avec de bonnes bases techniques afin de ne pas être déstabilisé lors de l’apprentissage. »
Les étudiants souhaitent se libérer de leur formation, afin d’aborder cette musique basée sur les sens et sur le travail corporel. La musique bulgare, qui se transmet par voie orale, fait appel à la mémoire immédiate et aux sensations.

Les académies d’été représentent donc un enjeu crucial pour l’épanouissement de l’élève musicien, à la recherche de renouveau dans sa pratique musicale, de découverte de nouveaux répertoires et de nouvelles techniques ; dans une ambiance de travail, certes exigeant et intensif, mais qui place la rencontre artistique au cœur de son programme. Comme le dit Fabrice Requet, « lorsque l’on participe à un stage, on laisse sa vie de côté, et on ne fait que de la musique pendant une semaine. C’est un moment unique ! ».

Gaëlle Monnier

* L’édition 2019 n’aura pas lieu, pour cause de travaux dans les locaux de la Cité de la musique et de la danse de Strasbourg.

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