Jouer en plein air, une contrainte pour les instruments

Marc Rouvé 27/06/2019
La belle saison est le moment propice pour se produire en extérieur. Que ce soit dans le cadre des festivals, des stages ou de scènes ouvertes, les musiciens de tous styles sont incités à sortir leurs instruments en plein air, en particulier les vents. Une pratique qui demande certaines précautions.
Pour les musiciens, s’exposer à des conditions climatiques changeantes, voire extrêmes, représente un véritable défi. En effet, si les salles de concert représentent généralement des conditions idéales (ni trop froides, ni trop chaudes, ni trop humides, ni trop sèches), il en va tout autrement lorsque les instruments sont de sortie, même sous un climat tempéré, comme en Europe. Jouer en extérieur en été, c’est, par exemple, s’exposer aux rayons directs du soleil, parce que les organisateurs n’ont pas prévu d’auvent assez grand et que le soleil poursuit sa course ou parce que l’ensemble est itinérant (dans le cas d’un défilé, ou pour jouer la Symphonie funèbre et triomphale de Berlioz comme le souhaitait son auteur), sans même évoquer les raisons budgétaires justifiant l’absence de protection (ah, ces fameux orages aussi soudains qu’inopinés du mois d’août !).
Les fabricants ne proposant pas d’instruments spécifiques pour le jeu en extérieur, les musiciens redoutent généralement les températures extrêmes, qui peuvent, notamment, provoquer l’apparition de fentes dans les instruments en bois, qu’ils soient à vent ou à cordes.

Problèmes de condensation

Mais les contraintes touchent aussi bien l’instrumentiste que l’instrument, comme le souligne Florian Valloo, qui joue du saxophone et de la clarinette dans différentes formations, dont une fanfare : « Lorsqu’il fait très froid, mon saxophone ou ma clarinette ont de gros problèmes de justesse (ils sont souvent trop bas) par rapport à des instruments qui varient beaucoup moins en fonction de la température, comme l’accordéon. Il faudra donc que j’attende plusieurs minutes de concert pour pouvoir m’accorder correctement. Il arrive également que la condensation due à la chaleur de mon souffle arrive plus rapidement et crée des problèmes “d’eau” sur certaines notes de l’instrument. Ma vitesse de jeu s’en trouve également réduite, puisque mes doigts s’engourdissent. À l’inverse, dans des cas de forte chaleur, c’est ma résistance physique et mon souffle qui sont mis à l’épreuve. La fatigue se ressent alors beaucoup plus vite. » Robi Arend, du groupe Saxitude, est un habitué du jeu en plein air : « Comme la spécificité de mon groupe est de jouer partout, ce que nous faisons depuis quinze ans, nous n’avons quasiment pas de contraintes. Le seul impératif est que le thermomètre ne descende pas au-dessous de zéro, car dans ce cas les clés de saxophone gèlent et ne se ferment plus correctement. »

Adapter le son

Le jeu en extérieur modifie un autre paramètre essentiel : le son. Il s’agit non seulement de qualité de timbre, mais aussi de puissance. Ici encore, le maître mot est adaptation : « En extérieur, je ne change pas d’instrument et très peu de matériel, poursuit Florian Valloo. En revanche, il est possible que j’adapte mes anches. Il m’arrive de les choisir un peu plus fortes qu’en intérieur pour développer et projeter plus facilement le son. Ces contraintes sont souvent liées à un public moins attentif, des bruits extérieurs, et une acoustique naturelle plus difficile. » Comme dans bien des domaines, il faudra trouver un habile compromis, par exemple sacrifier la beauté ou la subtilité du timbre pour privilégier la puissance, seul moyen pour passer en extérieur. Les orchestres fixes n’hésitent pas à utiliser des réflecteurs acoustiques (certains en formes de conques) pour projeter un son qui a tendance à se perdre dans l’air ambiant. En petite formation, les musiciens optimisent l’espace, comme l’indique Florian Walloo : « En général, nous nous regroupons autant que possible pour nous entendre correctement et avoir un son de groupe moins diffus. Bien souvent, je joue plus fort pour projeter au maximum le son et parce que je m’entends moins bien qu’en étant amplifié. » La projection du son est certainement le problème majeur, aussi bien pour les musiciens vers le public que pour les musiciens entre eux, une bonne écoute mutuelle étant une condition sine qua non pour une interprétation réussie. C’est pourquoi ce sont généralement les instruments les plus puissants (percussions, cuivres) ou amplifiés (toutes les musiques actuelles) qui se sentent le plus à l’aise en extérieur, surtout dans les grands espaces.

Et les cordes ?

Contrairement aux instruments à vent, « le plein air n’est pas préjudiciable pour la justesse », assure le violoniste Nicolas Dautricourt. Problème numéro un : la sonorisation. Avec un quatuor, le public doit souvent tendre l’oreille. « Certains lieux en plein air sont plus flatteurs que d’autres, nuance le violoniste. J’aime jouer dans les cours de château, où les murs offrent une réverbération naturelle : le son est dirigé, il ne se perd pas. » Quand le concert a lieu dans un lieu complètement ouvert, les organisateurs installent parfois des panneaux pour recréer cette réverbération indispensable. « Le vent est l’ennemi des cordes : pour les partitions qui volent, mais surtout pour la déperdition du son », poursuit le violoniste qui organise, début août à Corbigny, dans la Nièvre, une série de concerts dans la cour d’une abbaye du 12e siècle. « Nous devrons légèrement sonoriser les concerts, sans dénaturer le son. »
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