Haendel, le musicien des fêtes royales

André Peyrègne 27/06/2019
De la Water Music aux Feux d’artifice royaux, le compositeur baroque aura toujours eu à cœur de donner une dimension populaire à ses œuvres.
Haendel aimait la fête. Pas les petites fêtes de famille ou les bals de quartier. Non, les grandes fêtes qui déplacent les foules et où sa musique, toute noble soit-elle, faisait vibrer les cœurs populaires. Son célèbre Messie fut créé dans le théâtre d’un quartier de pubs à Dublin (et non dans une cathédrale comme on pourrait le croire) lors d’un gala de charité, où, pour pouvoir entasser un maximum de monde, on avait prié les dames de venir sans robe à crinoline et les hommes sans épée ! Quant à son oratorio Zadock the Priest, qui fut composé pour le couronnement du roi George II, il est devenu l’une des musiques les plus populaires et festives de nos jours : l’hymne de… la Ligue européenne de football UEFA.

De la Tamise à Green Park

Le 17 juillet 1717, Haendel, que les Londoniens avaient surnommé le “gros ours” (big bear en anglais) à cause de son allure de vieux célibataire grommelant et ventru, mit cinquante instrumentistes à bord d’une barque sur la Tamise pour sonoriser le déplacement fluvial du roi George Ier. On appela cela la “Water ­Music”. Le 26 avril 1736, il en servit une nouvelle version à l’occasion du mariage du prince de Galles. Et voilà que, douze ans plus tard, on lui redemande de composer une musique de plein air pour accompagner les feux d’artifice qui célébreront la signature du traité d’Aix-la-Chapelle mettant fin à la guerre de succession d’Autriche. La manifestation se déroulera dans Green Park à Londres. Le roi George II ayant, semble-t-il, des idées arrêtées sur la manière d’orchestrer une partition musicale, lui demande de « n’utiliser que des instruments guerriers ». Haendel, qui avait prévu de réunir un orchestre monumental de cent musiciens, mit les cordes à l’écart et réduisit l’orchestre à neuf trompettes, neuf cors, vingt-quatre hautbois, douze bassons, un contrebasson, un serpent et huit percussions, ce qui fait quand même soixante-quatre instruments !

Un embouteillage historique

Le 21 avril 1749, les Londoniens veulent assister à la répétition de cette partition musicale hors norme. Douze mille personnes se pressent aux abords de Green Park. La capitale anglaise connaît un embouteillage historique de carrosses, voitures à chevaux et chaises à porteurs. Le Gentlemen’s Magazine, qui est soucieux du confort de la bonne société, se plaindra par la suite « qu’aucune voiture ne put passer sur le Pont de Londres pendant trois heures ». Tout le monde découvre avec admiration une musique dans laquelle les trompettes percent le ciel, qui se déploie sur des rythmes de bourrée et de menuet, qui célèbre la paix sur un tempo de sicilienne, et qui culmine en une “Réjouissance” à faire vibrer la foule entière. De cette fête, c’est la musique de Haendel que l’Histoire a retenue. Car pour ce qui est des feux d’artifice, lors de la manifestation officielle qui intervint six jours plus tard, on ne se souvint que d’une chose : la chute malencontreuse d’une fusée qui déclencha un incendie au milieu de la foule.
Le héros de la fête fut bel et bien ce “gros ours” de Haendel. Le feu qu’il a mis à sa musique n’a pas fini de brûler.
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