Canicule : et les instruments de musique ?

Suzanne Gervais 27/06/2019
Alors que la vague de chaleur atteint son pic aujourd’hui, un luthier et un marchand donnent leurs conseils pour préserver les instruments quand le mercure grimpe.

« Depuis trois jours je reçois des violons qui ont des problèmes de chevilles. La semaine prochaine ce seront des histoires de décollage… »

Mickaël Ourghanlian, luthier à Bourg-en-Bresse, insiste : « Les instruments sont comme les humains, ils n’aiment pas les écarts de températures extrêmes ! »

Décollage imminent

Variations de températures et d’hydrométrie posent en effet plusieurs problèmes chez les cordes. D’abord, les chevilles : « Comme les bois ne sont pas les mêmes pour la volute et pour les chevilles, la dilatation varie, ce qui peut coincer complètement les quatre chevilles, qui ne tournent plus, ou, au contraire, faire qu’elles tournent toutes seules et désaccordent continuellement l’instrument. C’est contrariant, mais pas très grave. »
Plus gênant : les décollages. « En lutherie, on utilise une colle animale, très sensible aux variations du taux d’humidité dans l’air. Quand les températures grimpent, les bactéries présentes dans la colle s’activent et le risque de décollage des différentes parties de la table et du fond de l’instrument est important. » Le musicien peut alors se retrouver avec un violon... coupé en deux.

Graisse et fissures

Les instrumentistes à vent ont moins de précautions à prendre. « Les vents sont habitués à recevoir de l’air à 37 degrés, rappelle Jean-Claude Decalonne, propriétaire du magasin Feeling Music, à Paris. Les risques ne sont pas énormes pour ces instruments. La chaleur fait monter le diapason et il faut veiller à lubrifier généreusement les pistons et les coulisses, car la graisse fond à la vitesse de l’éclair. » Les bois sont, quant à eux, plus sensibles à la température élevée : « Surtout, veillez à ne jamais oublier un hautbois ou un basson dans une voiture : le bois risquerait de se fendre ! » insiste le marchand.
La fracture, un risque que courrent aussi les cordes, l’épicea étant un bois particulièrement fissible.

La clim’, voilà l’ennemi

Puisque les grandes différences de température sont à bannir, pour les cordes comme pour les vents, alors gare à la climatisation, recherchée en ces temps caniculaires. « Quand o, passe de l’extérieur à 37° à une pièce climatisée à moins de 20 degrés, il faut toujours attendre avant d’ouvrir son étui. » conseille Jean-Claude Decalonne. Une recommandation que donne également Mickaël Ourghanlian. « Lorsqu’on passe d’un endroit chaud à une pièce froide ou humide, il faut laisser la housse ou l’étuis clos le plus longtemps possible — idéalement, quelques heures — afin de laisser l’instrument prendre doucement la température ambiante. »

Suzanne Gervais

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