Debora Waldman : «Aujourd’hui, les femmes chefs existent !»

Suzanne Gervais 05/07/2019

La Brésilo-Israélienne de 42 ans vient d’être nommée cheffe permanente de l’Orchestre régional Avignon-Provence. Elle prendra ses fonctions en septembre 2020.

Que représente pour vous cette nomination de chef permanent ?

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C’est précieux à la fois pour le chef et pour l’orchestre de pouvoir travailler ensemble à long terme, d’apprendre à bien se connaître. J’ai besoin de voir un orchestre évoluer. Un chef permanent peut déployer une vraie conception artistique et mettre en place un vrai développement de l’orchestre sur le territoire. J’ai dirigé cet orchestre deux fois, en 2008 et en 2013… cela commence à dater, mais nous avons un concert ensemble cet été : j’ai hâte ! Je ne suis pas née en France, mais je ne me sens pas étrangère avec les orchestres français. J’ai fait mes études au CNSMD de Paris avant d’être l’assistante de Kurt Masur à l’Orchestre national de France.
Votre projet de direction musicale a été retenu parmi ceux de 170 candidats. Qu’est-ce qui, selon vous, a fait mouche ?
Le fait que j’ai proposé un répertoire que l’orchestre avait très peu approché ou n’avait pas joué depuis longtemps. Je compte par exemple travailler avec eux la Symphonie n°7 de Dvorak, qu’ils n’ont jamais interprétée. Durant mon premier mandat de trois ans, je veux me concentrer sur le grand répertoire romantique, travailler la pâte sonore… Je vais les emmener vers davantage d’interprétations historiquement informées, sur instruments modernes, mais avec une sensibilité aiguisée pour le jeu d’époque. Il est possible de faire beaucoup avec cet orchestre : c’est une solide formation Mozart, avec un trombone, qui compte souvent des supplémentaires pour le répertoire lyrique, qui restera important.
Vous êtes l’une des premières femmes à accéder à un tel poste en France.
Il y a eu Susanna Mälkki avec l’Ensemble intercontemporain et Graziella Contratto à l’Orchestre des Pays de Savoie, mais c’est tout. Je suis très fière et j’espère bien sûr que cela va être un déclenchement. Mais, à vrai dire, le déclic a déjà eu lieu. Depuis quelques mois, les cheffes d’orchestre sont de plus en plus présentes. Regardez la brochure de la Philharmonie de Paris pour la saison prochaine : tout à coup, les femmes chefs existent. Enfin ! Honnêtement, je n’ai jamais ressenti de différence de traitement de la part des musiciens. L’essentiel est de savoir communiquer efficacement en répétition. Ni du public. L’explication à la faible place des femmes aux postes importants – comme ceux de chef d’orchestre – est ancestrale, c’est un frein inconscient. Dans mes modèles de chefs, je ne me suis jamais posé la question du genre.

Propos recueillis par Suzanne Gervais

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