Série d’été (1/8) Les festivals atypiques : Coup de vents dans la Somme

Antoine Pecqueur 08/07/2019
Le Festival de Saint-Riquier a consacré une journée entière aux harmonies, avec concerts et spectacles pédagogiques.
C’est un genre trop souvent délaissé…
La musique pour orchestre d’harmonie est le parent pauvre de la programmation des festivals. Généralement confondue avec le répertoire de fanfare, le public l’associe aux cérémonies militaires. Or la réalité est tout autre, comme l’a montré la journée joliment intitulée “Quoi de neuf Monsieur Sax ?”, consacrée aux orchestres d’harmonie par le Festival de Saint-Riquier, au cœur de la Somme. Un territoire de choix : c’est dans le nord de la France que la tradition des harmonies est la plus ancrée.

Pièces originales

On commence la journée par un choc réjouissant. Dans l’abbatiale de Saint-Riquier, chef-d’œuvre gothique flamboyant – que l’on associe instinctivement aux musiques anciennes – on découvre… le conte musical Machu Picchu, mettant à l’honneur les musiques populaires sud-américaines. Ça sonne ! Un spectacle pédagogique bien enlevé, proposé par les harmonies de la baie de la Somme, mêlant choristes et instrumentistes à vents. Juste à côté, ce sont les musiciens de haut niveau de l’orchestre Voltige, qui répètent leur programme du soir. Place cette fois-ci aux œuvres originales pour vents, en grande partie des découvertes, comme Orient-Occident de Camille Saint-Saëns ou le trop rarement donné Concerto pour piano et vents d’Igor Stravinsky. Sans oublier la mégalomane Symphonie funèbre et triomphale de Berlioz, de circonstance en cette année anniversaire du bouillonnant Hector !

Défis de renouvellement

Cette journée aura permis de faire également le point, à travers des débats (dont La Lettre du Musicien était partenaire), sur la situation des orchestres d’harmonie, confrontés à des défis en tout genre. Les orchestres constitués d’amateurs doivent arriver à renouveler leurs effectifs et à tisser plus que jamais des liens avec les écoles de musique et conservatoires. Ils doivent aussi trouver une complémentarité avec les brassband, qui, eux, sont en plein essor, alors que les harmonies peuvent être parfois perçues comme désuètes. D’où la question du répertoire, qui mérite plus que jamais d’être repensée : cette journée organisée par le Festival de Saint-Riquier donnait ainsi à entendre une création de Thierry Deleruelle. Sans doute les orchestres d’harmonie doivent-ils encore plus attirer les compositeurs ; il y a un potentiel formidable en matière de couleurs et trop peu exploité. Les orchestres professionnels militaires sont, eux aussi, confrontés à d’importantes difficultés, notamment économiques. Leur nombre a considérablement réduit ces dernières années ; et ce n’est peut-être pas terminé. En quittant Saint-Riquier, on se prenait à rêver à la constitution d’un orchestre d’harmonie professionnel civile. Une utopie ? Rien de plus normal quand on fête l’anniversaire de Berlioz.

Antoine Pecqueur


Festival de Saint-Riquier. Jusqu’au 12 juillet.
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