La musique s’invite en Avignon

Tandis que le Prodiss, syndicat du spectacle musical et de variété, organisait sa soirée “La Générale” dans la cour de la collection Lambert, la Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés (Fevis), célébrait ses 20 ans sur une péniche au bord du Rhône. L’occasion de revenir sur la structuration du secteur musical et les combats communs ou opposés du secteur, qui trouvaient leurs caisses de résonnances en Avignon. 

En Grande-Bretagne, l’Association of British Orchestras joue aussi bien le rôle de syndicat que de réseau, rassemble tous types de structures qu’elles soient de format symphonique ou de chambre...

La spécificité française de démultiplication des instances représentatives et réseaux provient à l’origine d’une belle dynamique de participation au débat public. Parfois identitaires, ces groupements se sont progressivement centrés sur des enjeux plus ambitieux. Ils ont opéré des rapprochements d’opportunité sur tel ou tel sujet, démarche digne d’une vraie stratégie de lobbying pour les uns, que d’autres préfèrent appeler co-construction, ou participation à la vie démocratique.

Fusionner les réseaux ?

Les désaccords occasionnels ou les sujets tabous peuvent néanmoins créer une véritable cacophonie, ou, au contraire, un silence radio. Mettre en péril la lisibilité du discours ou brider la capacité de réactivité face à l’actualité, voilà deux risques de cette myriade d’organisations. Devoir accorder ses violons entre trois, quatre ou huit structures pour signer un texte commun de protestation contre les menaces pressenties d’une moindre programmation de musique contemporaine sur les ondes de France Musique, ou trouver une position commune sur le Centre national de la musique demande du temps, de l’énergie et un sens aigüe de l’action collective. Certains réseaux ne devraient-ils pas se rapprocher davantage ? 

Coopérer avec le théâtre

En Allemagne, le Deutscher Bühnenverein défend aussi bien les orchestres que le théâtre. En France, la réforme des seuils de représentativité syndicale a suscité des rapprochements. Depuis un an, Profedim et les Forces Musicales sont associés avec le SYNDEAC et les scènes publiques sur des sujets précis, en intersyndicale. Hier soir, lors de la soirée portée par le Prodiss oeuvrant principalement dans le champ des musiques actuelles, le syndicat du théâtre privé était présent. Interviewé par la Lettre du Musicien, son président, Bertrand Thamin, réaffirmait son désir de voir le crédit d’impôt dédié au spectacle vivant musical élargi au théâtre.

Ce matin également, à la rencontre Fevis, le théâtre était présent notamment en la personne de Jean-Paul Angot, président de l’association des scènes nationales. « Ils nous ont sur le dos ! » se félicite-t-il, en parlant des représentants de l’Etat et des collectivités. Impliqué également au SYNDEAC, il est convaincu de la pertinence de toutes ces organisations qui s’articulent ensemble pour veiller à la défense du service public de la culture, y compris lorsque les sujets d’actualité concernent la musique. Mais au-delà des alliances politiques, la réalité elle, est toujours là : à Annecy en 2014, les travaux de la scène nationale ont mené à la suppression de la conque qui permettait jusqu’alors la programmation musicale. Et si 30% de la programmation des scènes nationales est musicale, reste à étudier de près la diversité des œuvres et artistes proposés.

Des sujets de division

A Aix-en-Provence il y a deux jours, Accord Majeur a rassemblé en nombre les orchestres, opéras, compositeurs et compositrices, responsables de festivals et d’ensembles. Ils se sont réunis autour de sujets cruciaux comme la prescription musicale en ligne, alertant sur la concentration des propositions sur quelques grands titres à succès et militant pour la diversité.

Hier soir, à la Générale, le syndicat des cabarets, aussi bien que celui du théâtre privé se félicitaient d’une même voix du vote la veille des sénateurs en faveur du Centre national de la musique. Un producteur affirmait que, jusque là, la musique avait été le « parent pauvre » de la politique du Ministère en matière d’économie culturelle. Les attentes sont là.

Mais entre hier et ce matin, on retrouvait cette fracture palpable entre le IN et le OFF d’Avignon, le secteur lucratif d’un côté, le subventionné et le service public de l’autre. Et certains sujets donnaient lieu à une franche opposition. « Dans le Pass culture, on met en concurrence des offres commerciales et d’autres moins accessibles » entendait-on hier dans la bouche du délégué du syndicat Les Forces Musicales, qui rassemble opéras et orchestres, en pleine soirée de la Générale.

L’égalité femme-homme fait l’unanimité

Un sujet semble faire l’unanimité : l’égalité femme-homme. La Lettre du Musicien a présenté les résultats de l’étude Audiens lors des premières assises des femmes organisées par le Prodiss il y a un mois (lire …) .Des constats inquiétants qui appellent des solutions immédiat, et le syndicat lance d’ailleurs un programme de mentoring dédié aux femmes dans le déploiement de leur carrière. Hier soir en introduction de la Générale, Paul Rondin, directeur délégué du festival d’Aix-en-Provence, évoquait le sujet en condamnant une société véritablement "machiste", et une "domination des mâles".

La parité était traitée à Accord Majeur l’an dernier et illustré par des chiffres tout aussi accablants. Une table ronde sur l’incitation à la programmation de compositrices, hier à l’Académie du festival d’Aix-en-Provence, était l’occasion de les rappeler : selon la SACD, qui a publié 5 ans de suite la brochure « Où sont les femmes? », 1% des compositeurs d’aujourd’hui qui sont programmés sur scène… sont des compositrices.  La SACEM, bien consciente du sujet, va travailler avec le festival Présences Féminines et l’incubateur d’HEC à la création d’un centre de ressources et notamment d’une base de données des femmes compositrices. A la rentrée, ce sera au tour de GrandsFormats, le réseau des grands ensembles de jazz et musiques improvisées, de publier les résultats de son étude sur le sujet en partenariat avec l’association H/F.

Une concurrence des initiatives sur l’égalité femme-homme ? Car sur ce point, chaque organisation y va de son initiative. Mais finalement, si cette saine émulation peut faire avancer le sujet, pourquoi s’en plaindre ? Un verre à la main, tout le monde célèbre la fin d’une année pleine de rebondissements politiques… Et prépare déjà les chantiers de la rentrée. Le soleil avignonnais est écrasant, mais l’ombre du projet de loi de finances 2020 plane déjà sur le secteur. Il faudra bientôt trouver les sujets communs, tenter des alliances, faire des concessions… et choisir les dossiers sur lesquels on fera cavalier seul.

 Marie Hédin-Christophe (à Avignon et Aix-en-Provence)

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