«On ne conçoit pas des instruments pour les vendre»

Fanny Guyomard 28/08/2019
L’Ircam est l’un des creusets de l’innovation instrumentale en Europe. Les chercheurs Thomas Hélie et Robert Piéchaud nous dévoilent le fonctionnement de leur équipe de recherche et les difficultés qu’ils rencontrent.
Pouvez-vous donner des exemples des réalisations de l’Ircam, en matière de facture instrumentale ?
Notre équipe développe des outils robotisés pour examiner le fonctionnement des cuivres et des cordes frottées, ainsi que des outils d’aide à la facture instrumentale pour les luthiers, afin de prédire, notamment, comment se projette un son d’après le matériau et la forme de l’instrument. En fait, ­l’Ircam est un des creusets des évolutions touchant la facture instrumentale : Pauline Eveno, par exemple, y a fait sa thèse puis a lancé sa start-up Syos. Adrien Mamou-Mani a également travaillé ici sur le contrôle actif d’instruments puis a fondé HyVibe, où la guitare acoustique devient sa propre enceinte.
Vos ressources financières sont-elles suffisantes ?
Il y a cinq ans, avec le soutien du CNRS, l’Ircam a massivement investi dans l’achat de nouvelles machines à conception numérique, à impression 3D, découpe au laser… Mais le revers, c’est que de moins en moins de postes d’ingénieur et de technicien sont proposés. Or, ce sont eux qui construisent les prototypes. Il y a eu une période où le numérique avait pris une importance énorme, mais aujourd’hui on ressent que les gens retrouvent le besoin de toucher les choses : d’où l’importance des techniciens, qui font le lien avec le monde du sensible.
Les institutions publiques – État et Union européenne – qui financent vos recherches attendent-elles que vous fassiez du profit ?
Pas directement : on ne conçoit pas des instruments pour les vendre. Mais on cherche à aller vers l’extérieur, parfois dans un but commercial à travers la vente de logiciels, mais aussi dans un but pédagogique et communautaire à travers les séminaires, les formations ou le forum, qui dispose d’un site internet où les artistes bénéficient d’outils pour leurs compositions. Le but de ­l’Ircam, c’est de faire interagir création, recherche et transmission.
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