Rentrée 2019 : le mercato des chefs

Antoine Pecqueur 05/09/2019

Cette saison est une étape de transition pour un grand nombre de phalanges symphoniques, qui doivent recruter leurs futurs directeurs musicaux.

L’Orchestre de Paris a ouvert sa saison mercredi soir avec un concert dirigé par une femme chef d’orchestre, Karina Canellakis. Tout un symbole, alors que...

les phalanges symphoniques française ont un sérieux retard à rattraper en matière de parité femmes-hommes sur le podium. Mais surtout, ce concert lance le début d’une période de recrutement crucial pour la phalange francilienne, qui va devoir trouver le successeur de Daniel Harding. Pour cette raison, quatre chefs vont diriger deux concerts au cours de la saison: outre Karina Canellakis, on retrouve dans la short list Tugan Sokhiev, Pablo Heras-Casado et François-Xavier Roth. Autant de chefs qui seront “testés” par les musiciens. Laurent Bayle, le patron de la Philharmonie de Paris (qui a intégré l’Orchestre de Paris), tient à impliquer les musiciens dans le processus. Là aussi, il y avait un retard à rattraper en matière de prise de décision démocratique…

Match Paris/régions

Mais le recrutement ne s’annonce pas aisé. Pour une raison simple : l’Orchestre de Paris n’est pas le seul à se chercher un chef. Rien que dans la capitale, l’Orchestre de l’Opéra de Paris va devoir trouver un successeur à Philipe Jordan (qui part à l’Opéra de Vienne) – ce sera la tâche d’Alexander Neef, le nouveau patron de la Grande boutique. A Radio France, la succession d’Emmanuel Krivine à l’Orchestre national va être lancée. Les mêmes enjeux se retrouvent en région : l’Orchestre du Capitole de Toulouse doit trouver le successeur de Tugan Sokhiev – une gageure tant le chef russe aura imprimé sa marque à la tête de la phalange pendant une dizaine d’années. A proximité, l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine s’interroge sur l’avenir de Paul Daniel à sa tête. La question est d’autant plus complexe que le directeur général de l’Orchestre et de l’Opéra, Marc Minkowski, est lui aussi chef d’orchestre. A Strasbourg, Marko Letonja va quitter son poste de directeur musical de l’Orchestre philharmonique, amenant là aussi un recrutement dans les plus brefs délais. Un match Paris/régions va se jouer sur le terrain des chefs. En faveur a priori de la capitale ? Pas si sûr, car les orchestres de région peuvent avoir de sérieux arguments, en matière de diversité de répertoire (symphonique et lyrique) ou de soutien des collectivités, alors qu’à Paris, les phalanges peuvent être confrontées à des difficultés budgétaires importantes, comme on le voit à Radio France.

Loi de l’offre et de la demande

Ces recrutements ne vont pas être une mince affaire. On retrouve la loi de l’offre et de la demande : beaucoup d’orchestres cherchent la perle rare, mais les chefs les plus convoités se comptent sur les doigts de la main. Toutes les phalanges aimeraient ainsi voir à leur tête le jeune prodige finlandais, Klaus Mäkelä (né en 1996), mais il vient d’être nommé à la tête de l’Orchestre philharmonique d’Oslo… Car la concurrence est internationale : Tugan Sokhiev est, par exemple, sur la short list de l’Orchestre de Paris mais aussi de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, qui doit maintenant trouver son nouveau chef au plus vite après “l’affaire Daniele Gatti”. Et pour ne rien arranger, les mandats sont désormais de plus en plus courts, obligeant à un turn-over très rapide. Sans oublier la question de la parité : la nomination de femmes chefs d’orchestre doit rééquilibrer la situation actuelle. Mais cela doit se faire avec intelligence, sans rechercher un simple effet de communication. Au risque sinon du ratage, comme on l’a vu avec la non reconduction du mandat d’Alondra de la Parra à l’Orchestre symphonique de Brisbane, en Australie.

Reste enfin une question éthique, celle des rémunérations des chefs. Les phalanges françaises doivent trouver le candidat idéal, tout en veillant à ne pas faire de dépenses indécentes pour des structures financées par l’argent public. Au lieu de chercher à tout prix la personnalité providentielle, la solution pourrait peut-être aussi résider dans la nomination d’équipe de chefs principaux, qui permettrait davantage de souplesse aux formations.

Antoine Pecqueur

 

 

 

 

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