Création et mondialisation à Royaumont

Suzanne Gervais 06/09/2019

Quatorze compositeurs et compositrices venus du monde entier se retrouvent pendant deux semaines dans l’abbaye cistercienne. Reportage.

Italie, Suisse, Lituanie, Pologne, Turquie, Israël, Etats-Unis, Australie, Pologne, Japon, Tawaïn… Ils viennent parfois de très loin pour travailler leurs partitions avec...

les compositeurs Franck Bedrossian et Mark Barden, la soprano Donatienne Michèle-Dansac, le chef Léo Warynski et Les Métaboles, le quatuor Mivos et le contrebassiste Florentin Ginot. L’abbaye de Royaumont propose chaque rentrée, sous la houlette de Jean-Philippe Wurtz, une académie consacrée à la musique d’aujourd’hui. Donatienne Michèle-Dansac insiste sur l’importance de ce type de rendez-vous pour les compositeurs, certes, mais aussi pour les interprètes, qui sont dix à y participer, cette année : « L’intérêt des chanteurs pour la musique d’aujourd’hui n’est absolument pas gagné. Il ne faut pas compter sur leur seule curiosité, et le conservatoire a un rôle à jouer et un gros effort à fournir pour davantage intégrer ces répertoires dans les cursus… »

A l’issue de cette semaine de travail, le jury de l’académie décide de passer commande, pour la saison suivante, à la moitié des participants. Le Français Basile Chassaing, 33 ans, vient d’apprendre qu’il fait partie des compositeurs sélectionnés : « Le choix même des stagiaires est intéressant. Certains d’entre nous viennent du conservatoire, ont un parcours académique, linéaire, tandis que d’autres, comme moi, absolument pas: je viens des musiques improvisées, du jazz. J’ai pu entendre les pièces des autres, c’est très riche de constater à quel points nos inspirations peuvent être variées… et de mesurer, aussi, ce qui nous rassemble. »

Une dimension internationale que l’on retrouvait d’ailleurs dans le colloque, proposé en partenariat avec La Lettre du Musicien, sur la mondialisation et la création. La première discussion portait sur les nouveaux foyers de la création. Le Moyen-Orient et l’Asie, avec l’Inde en particulier – pays immense vers lequel lorgne de plus en plus d’ensembles, notamment français –, ont été évoqués par les invités.  Au second rendez-vous, consacré aux mutations de l’écosystème de la création face à la mondialisation et leurs impacts sur la création, les publics et les financements,

Aujourd’hui, l’investissement dans la culture est plus que jamais politique, face à la crise des financements publics. La voie néolibérale, à l’instar des Etats-Unis, laisse aux initiatives privées le soin de financer la culture, mais quelle est, dans cette logique quasi-commerciale de rentabilité à tout crin, la place de la musique de création ? La question inquiète, d’autant que ce modèle est de plus en plus présent en Europe. Autant de questions qui constituaient un dense préambule au numéro de rentrée de La Lettre du Musicien, consacré à la création et à ses enjeux – politiques, artistiques, sociétaux et pédagogiques.

Suzanne Gervais

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