Vladimir Dubois : «Les congés sabbatiques chez les musiciens sont de plus en plus fréquents»

Suzanne Gervais 09/09/2019

La violoniste Hilary Hahn a annoncé qu’elle s’accordait une année sabbatique : une décision de plus en plus courante chez les musiciens professionnels. Vladimir Dubois, corniste à l’Orchestre de l’Opéra de Paris, a déjà sauté le pas.

 

« Il y a trois ans, j’ai décidé de ranger mon cor et de partir marcher en Nouvelle-Zélande…

J’avais 36 ans et je jouais au sein de l’Orchestre de l’Opéra depuis plus de quinze ans. Un poste incroyable, mais j’avais besoin de m’éloigner de mon téléphone, de prendre de la distance avec un univers professionnel très prenant. Les musiciens vivent dans l’urgence, avec des agendas chargés. Et je constate que les musiciens s’autorisent de plus en plus ce type de pas de côté. J’ai une collègue flûtiste qui a pris un an pour aller faire du yoga en Roumanie ! Les carrières de musiciens sont plus longues, on a besoin de davantage de respirations.

Contrer la routine

Alors oui, on a forcément des appréhensions, peur de perdre un niveau durement acquis, si on ne travaille pas régulièrement… J’avais anticipé et prévu de me remettre au cor pendant les trois derniers mois de cette année “off”. J’ai repris progressivement, de manière très détendue et la reprise est allée beaucoup plus vite que ce que je pensais. Même si les premières notes étaient pénibles ! Comme pour le sport, le corps se souvient. C’est même bénéfique car on peut avoir un rapport de lassitude à notre instrument, à force d’en jouer tous les jours.

Il est évident qu’on peut davantage se permettre de prendre une année sabbatique lorsqu’on est titulaire dans un orchestre permanent. Nous y avons droit au bout de six ans, avec la garantie de retrouver notre poste à notre retour. Lorsqu’on est intermittent, ce choix a plus de conséquences, pour ce qui est du réseau notamment… En tant que permanent, c’est une bonne chose de se mettre un peu en danger, de contrer la routine, quand bien même elle serait agréable. A mon retour, je n’étais pas le même musicien. »

Propos recueillis par Suzanne Gervais

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