Immobilisme dans les maisons d’opéras

Antoine Pecqueur 19/09/2019

De Lyon à Dijon, de Lille à Strasbourg, les institutions lyriques sont confrontées à des changements de direction qui paralysent leur fonctionnement à moyen terme. La tenue des élections municipales risque aussi de compliquer la donne.

C’est un mercato digne des clubs sportifs.
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En cette rentrée,  un grand nombre de maisons d’opéras sont à la recherche de leurs futurs directeurs généraux. A Lyon, le processus a été relancé suite à l’échec de la première phase de recrutement. L’éventuelle nomination de Jean-Philippe Thiellay, actuel directeur adjoint de l’Opéra national de Paris, avait fait bondir le Syndicat des artistes de la musique et de la danse de Lyon et de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les pouvoirs publics ont alors plié et décidé de relancer le processus ; une sorte de bis repetita de la nomination du directeur du CNSMD de Lyon un an auparavant…

A l’Opéra du Rhin, le décès d’Eva Kleinitz en mai dernier a créé un choc dans l’institution alsacienne. A l’heure de la rentrée, et alors que l’Opéra du Rhin vient d’être récompensé comme « Opéra de l’année » par nos collègues d’Opernwelt, les équipes sont dans l’expectative. C’est actuellement le directeur général adjoint Bertrand Rossi qui assure l’intérim.

D’autres maisons d’opéras vont être confrontées prochainement à des enjeux de successions. Le mandat de Laurent Joyeux va arriver à terme à l’Opéra de Dijon. La structure devra changer de direction dans un contexte de bataille politique, le département venant d’annoncer l’arrêt de sa subvention… A Lille, le mandat de Caroline Sonrier va lui aussi arriver à échéance. Alors que François-Xavier Roth vient d’être nommé à la tête de l’Atelier lyrique de Tourcoing, la nomination lilloise devrait être très attendue dans la métropole.

Transparence

A Bordeaux, la situation reste toujours tendue entre les musiciens de l’Orchestre et le directeur de l’Opéra, Marc Minkowski. Va-t-on retrouver la même ambiance délétère qu’à l’ouverture de saison l’année dernière ? Des solutions sont en train d’être négociées, entre les musiciens et la direction.

Cette situation globale, à laquelle s’ajoute la toute fraîche arrivée d’Alexander Neef à l’Opéra de Paris, complique le fonctionnement du paysage lyrique français. Le montage des projets, les mécaniques de co-productions sont aujourd’hui en grande partie à l’arrêt faute de vision sur le moyen terme dans ces structures. Or les productions lyriques se construisent plusieurs années à l’avance. Sans compter l’échéance des élections municipales qui risque aussi de compliquer la donne. Les villes sont en effet les principaux financeurs des maisons d’opéras. D’importants changements à la tête de l’exécutif municipal, comme cela est déjà envisagé dans plusieurs métropoles, pourraient influer sur la politique artistique des maisons.

Il est donc plus que jamais urgent que les processus de recrutement se fassent avec davantage d’efficacité (les atermoiements sur l’Opéra de Paris, les relances de processus comme à l’Opéra de Lyon l’ont parfaitement illustré) et de transparence, ces maisons étant financées par le contribuable. Le processus doit aussi être plus démocratique en interne : à l’Opéra de Paris, les musiciens doivent être impérativement consultés sur le choix du prochain directeur musical.

Plus que de chercher la personne providentielle pour le poste de directeur général, la solution ne résiderait-elle pas davantage dans la constitution d’équipes, mêlant les compétences artistiques, économiques… ? Ces questions méritent plus que jamais d’être posées à la conférence Opera Europa qui se tiendra du 24 au 27 octobre à Strasbourg et Karlsruhe.

Antoine Pecqueur

 

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