Grand prix lycéen des compositeurs 2020 : cinq hommes, une femme

Suzanne Gervais 25/09/2019

La liste de la 21e édition du Grand Prix lycéen des compositeurs (GPLC), piloté par Musique nouvelle en liberté, vient d’être dévoilée. Cette année encore, la parité n’est pas gagnée. Un constat lassant.

Samuel Andreyev, 38 ans, avec Vérifications (2012).
Régis Campo, 51 ans, avec Une solitude de l’espace (2017)
Edith Canat de Chizy, 69 ans, avec Visio (2015)
François Meïmoun, 40 ans, avec Le Chant de la création (2017)
Gabriel Sivak, 40 ans, avec Le Raboteur de nuages (2017)
Fabien Touchard, 34 ans, avec L’Horloge et l’abîme (2017)

Sans sombrer dans le jeunisme décrié – parfois à juste titre – lorsqu’il s’agit de prix musicaux, on peut tout de même applaudir la présence de quatre compositeurs de moins de 40 ans : un intérêt continu ] et à saluer – pour la jeune génération, qui a particulièrement besoin de coups de projecteur en début de carrière !

Là où le bât blesse, c’est sur la présence d’une seule et unique compositrice parmi les six artistes sélectionnés, comme l’an dernier avec Florentine Mulsant...

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En 2018, aucune femme n’avait été sélectionnée. Pourtant, les études se suivent et se ressemblent : la place des femmes reste à conquérir dans le monde de la musique classique et contemporaine et, notamment, une plus juste médiatisation des compositrices, désormais aussi nombreuses que les hommes à sortir des classes de composition.

Souvent les mêmes noms

La récurrence de certains noms pose également question. Certains compositeurs et compositrices sont en effet très régulièrement en lice pour le GPLC : c’est le cas d’Edith Canat de Chizy (2000, 2012, 2017) et de Régis Campo (2000, 2006, 2016). Au manque de femmes sélectionnées et à la récurrence de certains noms, une même explication : les maisons de disque. En effet, le premier critère pour espérer faire partie des nominés est qu’un disque monographique d’oeuvres de moins de dix ans paraisse l’année qui précède le prix. Or, le ratio disques de compositeurs et disques de compositrice est, sans surprises, sans commune mesure. Là encore, les labels peuvent rejetter le problème sur les salles et les festivals, qui programment encore trop peu les compositrices d’aujourd’hui, ou, plus en amont de la chaîne, sur les conservatoires : peu de femmes y enseignent la composition, aucune dans les deux CNSMD. Un cercle vicieux.

Un effort nécessairement collectif

Preuve que l’effort à fournir pour donner leur juste place au travail des compositrice doit être collectif. Enseignement, concours, programmation, diffusion, musique enregistrée... Tout le secteur musical est impliqué. Certains répondront qu’imposer des quotas dans les listes des prix n’est pas souhaitable. Sans doute pas, mais un réel effort, volontariste, est indispensable. A tous les niveaux. Notons qu’à l’Académie Voix Nouvelles à Royaumont, la parité était, cette année, de mise entre les compositeurs et les compositrices sélectionnés.
L’an dernier, lors de la remise du Grand Prix 2019 à l’auditorium de Radio France, une lycéenne avait, à juste titre, demandé pourquoi une seule femme et cinq hommes. Une question qui risque de revenir en avril, lors de la prochaine remise du prix. Espérons qu’elle ne soit plus posée en 2021.

Suzanne Gervais

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