Ministère de la Culture : un budget 2020 en demi-teinte

Antoine Pecqueur 27/09/2019
Franck Riester a détaillé les moyens accordés à la Rue de Valois dans le projet de loi de finances. Etat des lieux pour la musique.
Rarement un projet de loi de finances (PLF) aura été aussi attendu. Les sujets de crispations ne manquent pas : financement du Centre national de la musique, réforme du mécénat, maintien des crédits d’impôts… Vendredi 27 septembre, dans les salons dorés du ministère, Franck Riester n’aura pas levé tous les doutes, loin de là.
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Alors que le Ministère commémore son 60e anniversaire, Franck Riester annonce une hausse de son budget de 73 millions d’euros, à relativiser face au budget global de 8,2 milliards d’euros… Une augmentation moindre que la seule inflation. Il dit vouloir des « priorités nettes, claires et précises ».

Centre national de la musique

Pendant la conférence de presse, Catherine Ruggeri, chargée de la préfiguration du Centre national de la musique (CNM), écoute attentivement le ministre. Et pour cause : il annonce le financement du CNM. L’établissement public doit démarrer en janvier. Le ministère va engager 7,5 millions d’euros de « moyens nouveaux ». Plus que les 5 millions annoncés par Françoise Nyssen il y a un an, mais loin des 20 millions attendus par les professionnels et préconisés par le rapport Bois-Carriou.. De manière globale, le CNM disposera de 50 millions d’euros pour sa première année de fonctionnement, mais, le ministre le promet : « Ce budget doit monter en puissance dans les prochaines années ». Et Franck Riester d’ajouter : « J’invite les organismes de gestion collective [Sacem, Spedidam, Adami, NDL] à renforcer leur contribution au CNM. » Reste que la démarche n’est pas aisée de vouloir faire financer un établissement public par des sociétés privées… Si les 7,5 millions d’euros peuvent suffire pour la mise en route la première année du Centre, il est certain qu’à moyen terme, le CNM devra disposer d’un budget bien plus important. Selon les sources proches du dossier, le but serait de pouvoir doubler le budget actuel du CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz), à partir duquel se construit le CNM, et qui est actuellement de 38 millions d’euros. Outre le budget de l’Etat, il serait sans doute opportun dans les prochaines années de bénéficier d’une taxe parafiscale.

Pass culture

Le ministre annonce 10 millions d’euros supplémentaires pour atteindre la somme de 40 millions d’euros. Le dispositif poursuit son expérimentation dans différents départements, avant une généralisation qui est loin d’être assurée. Le coût global du Pass est, rappelons-le, de 400 millions d’euros… C’est désormais une société par actions simplifiée qui coiffe le Pass. Mais le dispositif n’a pas encore fait la preuve de son succès, loin de là. Les débats parlementaires sur cette mesure et son financement s’annoncent houleux, contrairement à ceux sur le CNM.

Mécénat

Nous avons interrogé le ministre sur la réforme du mécénat actuellement à l’étude. Franck Riester nous a dit souscrire aux préconisations du rapport du secrétaire d’Etat Gabriel Attal, et notamment au point le plus crucial : la diminution du taux de défiscalisation de 60 à 40 % pour les entreprises qui consacrent plus de deux millions d’euros par an au mécénat. Franck Riester s’aligne donc sur la même politique et n’engage pas de bras de fer, comme l’avait fait dans le passé, sur le même sujet, Aurélie Filippetti face à Jérôme Cahuzac. Quel sera l’effet sur le mécénat des grands groupes ? L’heure est à l’inquiétude du côté des associations pro-mécénat comme l’Admical. Là aussi, le vote au Parlement pourrait être tendu. Le gain estimé pour l’Etat de cette réforme est de 80 millions d’euros.

Crédits d’impôt

Franck Riester est resté très nuancé sur le maintien ou non des crédits d’impôt. S’ils les jugent nécessaire à l’écosystème culturel, il appelle néanmoins les établissements comme le CNC ou le futur CNM à examiner de près ces dispositifs. On rappelle que Joël Giraud, rapporteur général du Budget, a souhaité s’attaquer à ce qu’il considère comme des niches fiscales.

Fonpeps

Le Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps) est, selon Franck Riester, « simplifié et rendu plus incitatif », avec une hausse de 5 millions d’euros pour atteindre 35 millions ; rappelons que, en 2016, le financement initial était de 90 millions d’euros sur deux ans.

Comme dans chaque budget, pour les établissements, il y a les gagnants et les perdants : d’un côté, l’Etat met 43 millions d’euros sur le projet controversé de Cité de la langue française de Villers-Cotterêts et, de l’autre, diminue la dotation du Louvre de 10 millions d’euros. Mais, surtout, on remarquera plus globalement que ce sont les crédits destinés à l’audiovisuel qui se réduisent au profit de la culture. Faut-il s’en réjouir ? Rien n’est moins sûr, la réforme annoncée des médias risquant d’avoir aussi une répercussion sur le secteur culturel.

Antoine Pecqueur

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