Aurore Bergé : « Il ne faut pas communautariser la culture »

Antoine Pecqueur 27/09/2019
Membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, la députée Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche, est chargée par le Premier ministre d’une mission sur l’émancipation et l’inclusion culturelles.
Quel est le point de départ de votre mission ?
On a vu, ces derniers mois en France, la résurgence d’une crise culturelle. L’accès à la culture est une priorité du président Emmanuel Macron. L’éducation artistique s’est déjà considérablement développée dans le temps scolaire, entre 3 et 18 ans. En outre, récemment, un rapport a été rendu sur la santé culturelle, qui préconise des activités d’éveil entre 0 et 3 ans. Le sujet de ma mission, c’est : que fait-on pour l’accès à culture après 18 ans ? Avec l’objectif de garantir l’accès et la pratique à tous les âges et sur tout le territoire. C’est un enjeu d’émancipation et pas seulement de démocratisation.
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Vous comptez vous attaquer aux zones blanches ?
Quand on regarde une carte des équipements, on constate un bon maillage du territoire. Mais si on observe la dépense culturelle, il y a une vraie disparité entre ­Paris et les régions. On doit aller bien plus loin dans la décentralisation. Cette mission doit aussi permettre de poser des questions essentielles : comment doivent aujourd’hui se réorganiser les Drac ? Quel est le rôle du ministère depuis Paris ?
Quel regard portez-vous sur la manière dont la culture est gérée par les collectivités territoriales ?
Il y a deux cas de figure totalement opposés. Grâce aux collectivités, il y a un dynamisme dans les territoires. Mais dans certains cas, lors d’un changement d’étiquette, la collectivité peut arrêter le financement d’une structure, avec des conséquences gravissimes. Il faut être très vigilant sur cet aspect-là, d’autant plus à quelques mois des élections municipales. Dans les Yvelines, dont je suis députée, le département avait décidé du jour au lendemain de ne plus soutenir le fonctionnement des équipements culturels. Il faut identifier l’échelon pertinent d’intervention des politiques dans ce champ.
Quelle est votre philosophie en matière de transmission ?
Il ne faut surtout pas communautariser la culture, ne pas assigner des groupes d’individus à telle ou telle pratique. On ne doit pas faire que du hip-hop dans le 93, mais aussi jouer des pièces d’Eschyle ! Pour cela, il faut aller vers le public, développer le “hors les murs” des structures culturelles.
Quels types d’interlocuteurs rencontrez-vous ?
J’auditionne un large é­chan­tillon de personnes, y compris dans le secteur privé. Je vais rencontrer les responsables de Decaux, pour compren­dre comment occuper l’espace public. Ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas de publicité pour le Louvre-Lens à la gare du Nord. Je vais aussi rencontrer ­Michel-Édouard Leclerc : je n’ai rien contre organiser des expositions dans les hypermarchés ! Il faut créer la rencontre avec l’art dans tous les types de lieux. Je me rapproche aussi de deux personnalités qui ont réalisé des missions sur des sujets proches : Erik Orsenna, sur les bibliothèques, et ­Stéphane Bern, sur le patrimoine.
Votre mission n’est-elle pas celle du ministère de la Culture ? Pourquoi le gouvernement confie-t-il un grand nombre de missions dans ce domaine à des personnalités extérieures ?
Même si ma mission m’a été confiée par le Premier ministre, je vais travailler étroitement avec les services du ministère, qui met à ma disposition un collaborateur. Il n’y a aucune défiance de l’État envers le ministère.
La réforme du mécénat, avec une baisse de la déduction fiscale, ne risque-t-elle pas de freiner votre démarche ?
Bercy considère toujours que la culture est une dépense et non un investissement. Il en est de même pour les crédits d’impôt. C’est pour cette raison que je fais de la pédagogie à l’Assemblée nationale. C’est un secteur attractif : la culture pèse plus que l’automobile, ne l’oublions pas !
Quelle est la durée de votre mission ?
Elle se fait dans une temporalité resserrée : je dois rendre mes conclusions à la fin de l’année pour une sortie en janvier.
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