Les cheffes d’orchestre arrivent (peu à peu…) en France

Antoine Pecqueur 02/10/2019
Cette saison est marquée par davantage d’invitations de femmes au podium. Avant de les nommer au poste de directrice musicale ?
L’ouverture de saison de l’Orchestre de Paris a donné le ton : pour son premier concert, la phalange a invité la cheffe américaine Karina Canellakis. Un choix d’autant plus symbolique que la formation “teste” différents chefs en vue de recruter son prochain directeur musical.
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On peut sans doute y voir la conséquence de la fusion de l’Orchestre avec la Philharmonie de Paris, qui entend rééquilibrer la situation. Mais le constat est plus global, notamment en province, où les phalanges osent (enfin) inviter des femmes : l’Orchestre national de Lille sera dirigé par Han-Na Chang, le symphonique de Mulhouse par Marie Jacquot, le national de Lyon par Susanna Mälkki… Si la situation s’améliore, c’est également grâce à des initiatives salutaires, comme le Tremplin de jeunes cheffes d’orchestre organisé à la Philharmonie de Paris en novembre 2018. Sora Elisabeth Lee, lauréate du concours, a dirigé en septembre l’Orchestre philharmonique de Strasbourg.

Pédagogie et musique contemporaine

Reste plusieurs écueils. Un certain nombre d’orchestres français ne programment toujours pas une seule femme dans leur saison. Dans d’autres cas, les phalanges confient aux femmes uniquement les concerts pédagogiques, la musique contemporaine… bref, les rendez-vous considérés comme moins “prestigieux”. Mais surtout, rares sont les formations à sauter le pas en nommant une directrice musicale. En juillet, l’Orchestre d’Avignon a nommé à sa tête Debora Waldman (même s’il a préféré lui donner le titre de directeur musical…). Mais c’est une exception. Pourquoi une telle frilosité ? En “off”, de nombreux responsables expliquent qu’il leur faut attendre encore quelques années, le temps que les femmes actuellement étudiantes en classe de direction (de plus en plus fémininisées) sortent des conservatoires. Mais la France a tout de même un bon retard en la matière. L’Orchestre de Birmingham a nommé en 2016 l’excellente Mirga Grazinyte-Tyla au poste de directrice musicale. La tendance est aussi plus marquée dans les pays nordiques, historiquement et culturellement plus égalitaires. Eva Ollikainen est ainsi la nouvelle cheffe de l’Orchestre symphonique d’Islande.

Comment expliquer qu’Elim Chan, qui vient d’être nommée à la tête de l’Orchestre symphonique d’Anvers et qui a fait un magnifique concert d’ouverture de saison avec l’Orchestre du Concertgebouw, soit si peu présente en France ? Aux directeurs d’orchestre de faire enfin preuve d’audace en la matière, et de se rappeler que leur financement, qui repose très largement sur les fonds publics, leur impose plus que jamais un engagement sur le terrain de l’égalité femmes-hommes.
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