L’alto, un modèle de société

Antoine Pecqueur 16/10/2019
Une fois par an, La Lettre du Musicien met un instrument à l’honneur. Pour ce premier “numéro instrument” de notre nouvelle formule, nous avons choisi l’alto. Certains se diront que c’est une sympathique plaisanterie !
En réalité, nous avons décidé de nous intéresser à cet instrument parce qu’il est en pleine ébullition. Dans les pages qui suivent, vous découvrirez ses différentes facettes, de la facture baroque jusqu’à la création contemporaine, et même la musique électro.
N’ayant pas le prestigieux mais parfois encombrant héritage du violon ou du violoncelle, l’alto fait figure de laboratoire, tant dans la conception de l’instrument que dans son répertoire. Même la pédagogie se réinvente, avec de nouvelles méthodes, de nouvelles approches de l’instrument. Le temps est révolu où l’alto était réservé aux violonistes ratés. Cet instrument est aujourd’hui à l’avant-garde.
Au fil des rubriques, vous allez rencontrer des musiciens de plus en plus flexibles. L’altiste n’a pas d’œillères : il peut être chambriste, concertiste, musicien d’orchestre, baroqueux et friand de créations expérimentales. N’incarne-t-il pas d’une certaine façon le profil du musicien du 21e siècle ?
Les mauvaises langues diront que la diversité des parcours est une réponse à un contexte économique précaire. Mais c’est aussi une source de renouvellement, loin de la routine, qui trop souvent paralyse la pratique musicale.En allant plus loin, l’alto n’est-il pas un modèle de société ? À l’heure où les clivages se veulent manichéens, où les décisions politiques tournent souvent à l’opposition binaire des référendums, l’alto oppose une autre voie. Celle du compromis ? Pas forcément… Mais celle d’une alliance intelligente des registres.

Dans notre précédent numéro, nous montrions que le gouvernement portugais d’Antonio Costa, qui est une alliance inédite en Europe entre socialistes, verts et communistes, avait misé sur la culture.
Les électeurs viennent de lui offrir, lors des élections législatives d’octobre, une large victoire : la culture paie électoralement ! À l’inverse, notre grand reportage à Mexico montre, dans ce numéro, qu’Andres Manuel Lopez Obrador, qui se veut la nouvelle force de la gauche latino-américaine, met la culture à la diète, en la réduisant à une pratique élitiste. Un contresens dramatique.

Face à une pensée monocorde, l’alto oppose la diversité des points de vue. Il est tellement inclassifiable que le même nom désigne aussi un type de voix.
Un instrument sans frontières, belle utopie.
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