Histoires d’altistes

André Peyrègne 17/10/2019
Les blagues sur l’alto sont légion. Mais pourquoi une telle dérision ?
« Concours de recrutement d’altiste : premier tour, ouvrir la boîte, accorder l’instrument ; deuxième tour, la même chose par cœur. »
Pauvres altistes ! On ne cesse de s’amuser d’eux. Ils sont les souffre-douleur de la gent musicale.
Et pourtant, on les aime, les altistes. Sans eux il n’y aurait ni orchestre
ni quatuor. Ils apportent à la couleur musicale et à l’écriture harmonique de l’orchestre une contribution irremplaçable. Mais c’est ainsi.
L’altiste attire les blagues comme le paratonnerre la foudre, ou comme la sensible la tonique.
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Alors l’altiste se résigne. Il a l’habitude. Comme les Belges. (Bon, lorsque l’altiste est belge, ça commence à faire beaucoup !) Souvent, c’est l’altiste lui-même qui raconte ses propres blagues : « L’altiste arrive à sa première répétition. Il ouvre sa boîte, pose ses partitions et lit attentivement un petit papier. Sur ce papier est écrit : alto main gauche, ­archet main droite. »
Les altistes pratiquent l’alto-dérision. Ils n’ont pas la tête qui enfle. Contrairement aux violonistes : « L’alto et le violon ont, en réalité, la même taille, mais si le violon paraît plus petit, c’est parce que le violoniste a la grosse tête. »

Des gens “moins brillants”

Pourquoi les altistes attirent-ils les blagues ? Parce que les compositeurs ne leur ont donné, le plus souvent, qu’un rôle d’accompagnateur
entre les violons et les violoncelles.
Et de plus, écrit en clé d’ut3 – cette clé qui a l’air de n’ouvrir que des portes dérobées, alors que les clés de sol et de fa ouvrent les entrées royales. Peu de compositeurs ont écrit de grands concertos pour alto. La musique n’a donc pas eu ­besoin d’altistes “virtuoses”. Et l’on sait que la société, cruelle comme elle est, aime se moquer des gens apparemment “moins brillants” : « L’alto, c’est dans l’aigu que ça devient grave. »

Du coup, on a fait croire que les altistes jouaient faux : « Quand peut-on savoir qu’un altiste joue faux ? Quand son archet se met à bouger. »
Qu’ils s’accordaient mal : « Quelle différence y a-t-il entre un alto du premier rang et un alto du second rang ? Un demi-ton. »
Qu’ils étaient traqueurs : « Comment fait-on faire un trémolo à un altiste ? On met une ronde et on écrit : solo. »
Qu’ils pouvaient faire carrière même débutants : « Petite annonce : Vends alto, neuf à partir de la 2e position. »
Mais lorsque son voisin d’orchestre dit à l’altiste qu’il a peu de concertos à son répertoire, celui-ci peut répliquer : « Il n’en existe aucun pour second violon ! »

Au début du 20e siècle, le Conservatoire de Paris a voulu donner un coup de jeune à la classe d’alto. Il a nommé Maurice Vieux. Malgré les efforts de ce pédagogue, on a longtemps considéré dans les conservatoires l’altiste comme un sous-violoniste. « Tu es un mauvais violoniste ? Tu feras de l’alto ! »
Maintenant les choses ont changé. Les élèves commencent directement sur de petits altos. Les altistes sont devenus des virtuoses. Ils n’en continuent pas moins à rire de leurs blagues.

Mais savez-vous pourquoi elles sont si simples ? Pour que les violonistes puissent les comprendre.

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