« Mon critère est de savoir si le candidat va gagner sa vie en tant que musicien »

Suzanne Gervais 17/10/2019
Christian Schirm, directeur artistique de l’académie de l’Opéra de Paris fait régulièrement parti de jurys. Après le concours de chant de Toulouse, il participait au concours Corneille à Rouen.
À quoi fait-on attention lorsqu’on écoute un candidat ?
Il y a, heureusement, toute une liste de critères techniques. Dans le cas des chanteurs, on est notamment attentif au placement de la voix, au contrôle du souffle… Ces critères sont essentiels dans la juste appréciation d’une voix. Ils sont les mêmes pour tous les membres du jury. Entrent ensuite en jeu des critères plus personnels.
Ce sont eux qui font la difficulté, mais aussi le sel de rôle du juré. On tient compte de la maturité de l’interprétation, du style, du choix du répertoire : parfois les jeunes candidats se trompent dans l’élaboration de leur programme, ce qui met leur instrument à rude épreuve… Il est sans doute plus subjectif de juger une voix qu’un violoniste ou un pianiste.
Le marché étant saturé, les jurys sont-ils plus exigeants ?
Il ne faut surtout pas enfermer les jeunes musiciens dans une illusion de carrière. Mon critère, en tant que directeur de structure, c’est de déterminer si la personne va gagner sa vie ou non avec son art. Si ce musicien est assez professionnel pour affronter une carrière de vingt ou trente ans. C’est très pragmatique, mais essentiel. C’est le devoir d’un jury de se poser cette question. Je répète toujours aux jeunes chanteurs qu’on ne chante pas dix heures par jour et qu’ils peuvent suivre des études à côté, au cas où. La voix est probablement, dans les métiers artistiques de la musique, l’instrument le plus ingrat. Les remises en question sont particulièrement difficiles.
On voit de plus en plus de directeurs dans les jurys. Qu’est-ce que cela apporte ?
a présence d’un directeur de théâtre ou de festival – à condition qu’il sache de quoi il parle – est indispensable : je dirais même qu’il est presque plus objectif qu’un professeur ou un soliste. En tout cas, il entend différemment. Un chanteur passe toujours un concours pour être engagé, pour travailler. Le retour d’un directeur de salle lui donne des clés. C’est important qu’un jury représente l’avis du métier dans sa globalité, avec ses différents maillons : le professeur, le soliste, le directeur de salle….
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