Le nouveau souffle pédagogique de l’alto

Rédaction 17/10/2019
Violon diesel », « péniche », « boîte à fausses notes », ces gentils quolibets, et les célèbres blagues sur les altistes, au demeurant souvent hilarantes, ont fini par ne faire rire que les victimes elles-mêmes. ­

Depuis­ quelques années, en effet, les moqueurs de tous bords n’ont eu d’autre choix que de s’incliner ­devant les nouvelles générations d’altistes de plus en plus performants, dignes descendants de l’école moderne de l’alto, fondée par Maurice Vieux et ses nombreux disciples.
Avec le temps, le petit monde des altistes s’est mis à grandir. Motivés par l’envie de faire découvrir cet instrument trop longtemps relégué au simple rôle d’accom­pa­gna­teur, des artistes passionnés, conscients de la place que devait prendre l’alto au 20e siècle, ont osé créer la première association d’altistes, bientôt suivie de beaucoup d’autres, destinées à le promouvoir et à orienter les projecteurs sur ses nombreuses qualités. Elle collabora ainsi au déploiement de notre arbre généalogique, qui n’a cessé de s’étendre et de s’étoffer de musiciens, réduisant à néant la légende du mauvais violoniste converti en altiste.
Les conséquences de ces efforts ont été déterminantes. Les classes n’ont jamais été aussi florissantes, débuter directement par l’alto n’est plus exceptionnel et les bons altistes ne sont plus considérés comme une “denrée” recherchée.
En effet, avec la prise de conscience d’altistes vision­nai­res, les nouvelles pédagogies ont pris un tout autre tournant. À la demande des professeurs, les luthiers se sont mis à développer des modèles de petits altos destinés aux jeunes appren­tis, leur permettant de se familiariser, dès les premiers coups d’archet, au volume auquel ils ­devraient s’habituer sans ressentir, à l’âge adulte, la gêne du changement brutal d’un violon (monté en alto) à un véritable alto, comme cela se passait, ­hélas, il y a encore quelques années. De nombreux éditeurs se sont aussi engagés à publier de nouveaux matériaux pédagogiques proposés par les professeurs cruellement dépourvus de partitions appropriées. L’apparition d’ouvrages techniques davan­tage ciblés, méthodes et gammes pour débutants, recueil d’études et de morceaux a amplement contribué à former une nouvelle génération d’altistes riche en personnalités fortes.
Les compositeurs de notre époque, débordant d’imagination et, à la suite de Paul Hindemith, altiste et compositeur, ont souhaité combler les retards du passé, en multi­pliant concertos, sonates et morceaux divers pour cet instrument aux multiples facettes.
Dans leur sillage, la lutherie contemporaine, consciente de la pénurie criante de pièces maîtresses dans le parc instrumental mondial, n’a pas tardé à se mettre au service de l’alto aux caractéristiques propices à l’innovation et à la créativité.
Enfin, désormais, seuls les excellents violonistes sont dirigés vers une reconversion qui les transformera en altistes confirmés à l’aide d’un enseignement adapté, évitant ainsi des traumatismes musculaires irréversibles.

Jacques Borsarello, professeur d’alto au CRR de Versailles
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