La valse des directeurs de conservatoire

Rédaction 17/10/2019
Un directeur qui part en claquant la porte ; un autre qui demande sa mutation après deux années d’exercice ; la mise à l’écart de celui qui avait été présenté comme « l’homme de la situation » ; des victimes de burn-out…

Ces situations, pour le moins inhabituelles, mais de plus en plus fréquentes, doivent nous conduire à nous inter­ro­ger sur les raisons qui les génèrent.
Ce n’est un secret pour personne, les écoles de musique vivent des moments difficiles, avecla règle du « toujours plus avec moins de moyens ». Entre les coûts qu’il faut réduire et la satisfaction du public qu’il faut augmenter, les directeurs d’établissement n’ont d’autre choix que d’exercer sur leurs équipes une pression de plus en plus forte pour tenter de satisfaire les municipalités, ou… de se fâcher avec leurs supérieurs hiérarchiques. Ils sont pris en sandwich entre les demandes des mairies et les professeurs qui ont du mal à changer leurs habitudes et sont convaincus d’avoir déjà renoncé à beaucoup.
En outre, le nombre important de départs à la retraite fait que les postes vacants sont plus nombreux que les candidats. Les nouveaux directeurs se sentent en position de force et n’hésitent pas à démissionner en cas de désaccord, puisqu’ils n’ont guère de difficulté à retrouver un poste. Si nous ne prenons pas en compte cette nouvelle donne, nous assisterons à une valse permanente des directeurs dans les années à venir ; cette instabilité ne peut être que préjudiciable aux établissements qui ont besoin de continuité.
Les élus (qui financent) doivent accepter qu’une prestation ait un prix. Ainsi, si l’on n’a pas les moyens pour une école de musique, on n’en a pas, mais il ne faut pas espérer en avoir une à moitié prix. Pour la moitié du prix, on aura une MJC ou une association, mais l’ensei­gne­ment n’aura ni la même qualité, ni les mêmes objec­tifs. Les élus doivent savoir ce qu’ils veulent et l’assumer. Ils doivent aussi accepter d’être partie prenante dans les réflexions sur la mission pédagogique des écoles qu’ils financent et ne pas penser que c’est uniquement du ressort des professionnels. Ils doivent aussi accepter que si leur établissement a reçu un label national, ils doivent se conformer à ses exigences et qu’elles ne peuvent être modifiées qu’en concertation avec l’État.
De leurs côtés, les enseignants doivent accepter que la demande évolue et que le modèle qu’ils ont à l’esprit n’est pas forcément celui qui est demandé ni le plus judicieux.
Cela ne veut pas dire que ce qu’ils préconisent n’a pas de valeur, mais que cela ne correspond pas à la demande. Ils doivent également accepter les contraintes financières des élus qui les conduisent à préférer des enseignants “moins chers”. En effet, dans la plupart de nos établissements, le public ne justifie aucunement que tous les professeurs détiennent le CA, de la même manière qu’il serait stupide de ne mettre que des agrégés pour enseigner en primaire.
Il n’est pas inutile de souligner que le public doit également prendre conscience de ses responsabilités. Avoir la chance de bénéficier d’un enseignement musical engendre des devoirs qu’il faut rappeler. Le cours de musique ne peut pas être une simple garderie – comme cela est parfois le cas – en raison de son coût. Aujourd’hui, nous voyons trop d’établissements dont le premier souci est de faire de l’effectif pour justifier les dépenses. Cela ne soulage pas les finances publiques et nuit à l’enseignement dont la qualité se dégrade, y compris – et c’est le point le plus douloureux – pour les élèves qui ont un réel potentiel et dont le travail n’est pas récompensé à la hauteur de leur mérite, ce qui risque de les démotiver.
Il est temps de jouer carte sur table et de dialoguer avec les élus pour faire connaître les réalités de notre métier et pour découvrir les contraintes qui sont les leurs. Ce n’est que par ce moyen que chacun pourra accepter – de part et d’autre – les renoncements nécessaires au bon fonctionnement de nos établissements. Faute de ce dialogue et des décisions prises ensemble, il n’y a pas à douter que l’avenir continuera à être de plus en plus tendu au détriment de tous.

Olivier Bouet, professeur de piano et compositeur

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