Quel avenir pour la musique à Mains d’Œuvres ?

C’est une véritable institution culturelle de la Seine-Saint-Denis qui a été expulsée des locaux qu’elle occupait depuis 2001 à Saint-Ouen le 8 octobre. Alors qu’elle continue de mener une bataille juridique contre la mairie, Mains d’Œuvres tâche depuis de fédérer pour continuer d’exister, avec notamment en première ligne son école de musique. 

L’expulsion est arrivée un mardi. La veille du “jour des enfants”, où la Momo (Musique ouverte à Mains d’œuvres ), l’école de musique de Mains d’Œuvres, tiers lieu culturel de 4000 mètres carrés à Saint-Ouen (93) accueille le plus de cours...
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C’est aussi arrivé par surprise : si l’association Mains d’Œuvre était sous le coup d’une procédure d’expulsion depuis juillet, elle avait immédiatement fait appel et était dans l’attente d’un verdict qui sera rendu le 3 décembre. Les artistes et le personnel résidents ne s’attendaient donc pas à ce départ en marche forcé, avec l’arrivée d’une vingtaine de camions de CRS et l’impossibilité de récupérer leur matériel à l’intérieur. Conforme à la loi, car la procédure d’appel en cours n’est pas suspensive, l’évacuation et la méthode utilisée n’étaient pas ce à quoi se préparait Main d’Œuvre : « On savait que ça pouvait arriver mais on n’a jamais pensé que ça se passerait comme ça », constate Orane Lo Luen Cjung, responsable de la coordination et de l’administration de l’école de musique, qui accueille près de 300 élèves.

Système D

Pourtant près de dix jours après les faits, la routine de l’école de musique a pu continuer : « Des associations voisines, comme la galerie Amarrage ou le café Joli Mai, se sont proposées pour accueillir les cours, des particuliers ont pu en accueillir d’autres, et désormais des stages auront aussi lieu au collège Joséphine-Baker, avec le soutien du département », raconte Orane Lo Luen Chung. La quasi-intégralité des cours d’éveil musical et d’instruments payés par les élèves ou leur famille en septembre a pu être honorée.

Des pédagogies alternatives

Si la survie de l’école de musique hors les murs n’est donc pas mise en cause, son emplacement d’origine, au sein des anciens bâtiments en brique du centre sportif et social de l’entreprise Valéo, et surtout au milieu de 250 artistes en résidence, avait pourtant été le moteur d’une pédagogie particulière de la musique.
Le compositeur Thibault Saladin fait partie de l’équipe originelle de l’école, créée il y a deux ans, pour des élèves de « 2 à 99 ans ». Il revendique une pratique ouverte et basée sur l’écoute de la musique avec « des cours toujours collectifs, le fait que la vingtaine de professeurs que l’on a soit aussi des musiciens. Le lieu de Mains d’Œuvre est aussi transverse par nature, donc il y a eu des activités avec des théâtreux, des plasticiens sur place, des élèves qui font la première partie d’artistes de Mains d’Œuvre, ou qui peuvent participer à l’orchestre l’OVNI qui mélange amateurs et professionnels de l’ensemble l’ONCEIM. »

Créer un conservatoire de musique ?

Une émulation artistique aujourd’hui menacée par le projet de construction d’un nouveau conservatoire. Un détail qui donne à la bataille juridique entre Mains d’Œuvre et la mairie un tour presque ironique. Élu en 2014 en promettant la construction d’une annexe du conservatoire de Saint-Ouen, grandement saturé, l’élu de droite « a d’abord évoqué la construction d’une annexe rue des Rosiers, assure Thibault Saladin, avant de vendre finalement cet emplacement à la BNP et d’avoir Mains d’Œuvre comme plan B ». Si cette situation peut sembler propice à opposer deux pédagogies et à fantasmer une guerre entre école de musique et conservatoire, Thibaud Saladin s’en défend, en mentionnant des collaborations passées, des musiciens du conservatoire venu répéter à Mains d’Œuvre et des méthodes complémentaires plus qu’antagonistes.

Une pétition qui dépasse 58 000 signatures

En attendant le verdict du tribunal de Bobigny, Mains d’Œuvre et la Momo ont suscité plusieurs élans de solidarités : la pétition en ligne contre la fermeture de Mains d’Œuvre a récolté plus de 58 000 signatures dix jours après l’expulsion (à titre indicatif, la ville de Saint-Ouen compte 50 000 habitants) et plusieurs milliers de sympathisants sont descendus dans la rue le 12 octobre pour protester contre la décision du maire. Les 250 musiciens résidents ont eux pu récupérer leur matériel avec des huissiers, mais restent sans local pour répéter. Devant les façades de Mains d’Œuvre, désormais murées de fer, une tente a été mise en place pour les occupants expulsés.

Gabrielle Maréchaux

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