Richard Brunel à Lyon

Antoine Pecqueur 23/10/2019
Le directeur de la Comédie, centre dramatique national de Valence, va prendre la tête de l’Opéra de Lyon. Décryptage de cette nomination.
Fin du feuilleton. La ville de Lyon, en accord avec le ministère de la Culture, a nommé Richard Brunel à la tête de l’Opéra de Lyon, pour une prise de fonctions en 2021. C’est peu dire que le processus de recrutement a été houleux : en mai dernier, aucun candidat n’avait été retenu au cours du premier round. Car le Syndicat des artistes de la musique et de la danse de Lyon et de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait adressé un courrier au maire de Lyon, Gérard Collomb,
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s’inquiétant d’une éventuelle nomination de Jean-Philippe Thiellay, directeur adjoint de l’Opéra national de Paris. Il avait donc fallu relancer le recrutement.
A quelques mois des municipales, Gérard Collomb ne pouvait laisser le dossier s’enliser. Nous avions dévoilé au début du mois la liste des candidats retenus, dans laquelle Richard Brunel faisait figure de favori. Hier, mardi 22 octobre, le ministère de la Culture l’a confirmé : le directeur de la Comédie de Valence succédera à Serge Dorny. Même si la nomination était attendue, elle reste surprenante. Pour plusieurs raisons.
Malgré les appels du ministère à rééquilibrer l’inégalité femmes-hommes à la tête des équipements culturels, la liste masculine des directeurs d’opéras se prolonge donc ad vitam. On peut dès lors s’interroger sur le sens réel du poste d’Agnès Saal, haut fonctionnaire à l’égalité et à la diversité au ministère de la Culture…

Un successeur à Robert Koerner ?
L’autre surprise vient du fait que le même Richard Brunel avait postulé avant l’été à la tête du Théâtre national populaire de Villeurbanne, où il avait été écarté au profit de Jean Bellorini. L’Opéra de Lyon est-il un lot de consolation ? Car le profil du directeur de la Comédie de Valence ne manquera pas d’interpeller. S’il a mis en scène quelques opéras au cours de sa carrière, son profil est avant tout celui d’un homme de théâtre. Va-t-il faire ses propres mises en scène à l’Opéra de Lyon ? Contrairement aux centres dramatiques nationaux, les opéras ne sont généralement pas dirigés par des metteurs en scène. Les cas des directeurs réalisant aussi leurs propres mises en scène n’ont, dans le passé, guère convaincu : Nicolas Joël à Paris, Laurent Joyeux à Dijon…
La scène internationale lyrique est en outre un milieu particulièrement complexe à pénétrer, qui nécessite un réseau solide. La difficulté pour l’Opéra de Lyon est que, parallèlement au départ de Serge Dorny, le directeur de la production artistique Robert Koerner, va quitter l’établissement. C’est lui qui mettait en place, avec Serge Dorny, les distributions des opéras. Un homme de l’ombre essentiel au rouage de la maison. Le recrutement de son successeur est donc très attendu. On se réjouit de voir bien sûr Daniele Rustioni confirmer à son poste de directeur musical. Une autre interrogation concerne le ballet : l’avenir de son directeur, Yorgos Loukos, est conditionné à son procès en appel pour discrimination et harcèlement, qui se tiendra à la fin du mois.
Une chose est sûre : la nomination de Richard Brunel s’inscrit dans une forte logique territoriale. Formé à Saint-Etienne, il a été artiste associé au théâtre de la Renaissance d’Oullins, avant de prendre la tête de la Comédie de Valence. Il connaît parfaitement l’échiquier politique local. Un volet plus que jamais indispensable, mais qui ne devra pas freiner le rayonnement international de cet Opéra, que Serge Dorny a hissé à un niveau de premier plan en Europe.

Antoine Pecqueur

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