Les victoires du jazz à la télévision… à quel prix ?

Ce soir aura lieu la rediffusion sur France 5 des Victoires du jazz, enregistrées il y a 10 jours au Casino de Paris. Une soirée que les musiciens et professionnels du jazz ne sont pas prêts d’oublier.
Si vous attendez avec impatience de voir (enfin) à la télévision d’autres musiciens que les stars de variété mainstream, autant vous prévenir tout de suite, vous serez déçus. Vous entendrez plutôt Christophe Willem ou encore Clara Luciani, qui ont ponctué les remises de prix à grand renfort de chauffeur de salle pour animer le public.
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Certains lauréats n’ont même pas joué faute de pouvoir convier leurs musiciens sur scène. Il faut dire qu’au plan budgétaire, les temps sont durs à France Télévisions. Et pourtant, les Victoires sont notamment financées par des organismes de gestion collective. C’est ce que Laurent de Wilde, membre du Conseil d’Administration de l’Adami, regrette : « Les victoires, c’est aussi l’argent des musiciens. Depuis cet été déjà, j’ai tiré la sonnette d’alarme car les négociations étaient extrêmement âpres. Je réserve mon jugement définitif après la rediffusion, mais les musiciens ont eu l’impression d’être pris en otage lors de cette soirée, instrumentalisés par une idéologie stupide selon laquelle le jazz est plus agréable à entendre lorsqu’il est interprété par des chanteurs de variété ».

 

Des victoires à deux vitesses  

Les lauréats comme la batteuse Anne Pacéo, la flûtiste Naïssam Jalal, le tromboniste Fidel Fourneyron ou encore le big band de Fred Pallem Le Sacre du Tympan (régulièrement appelé par le présentateur André Manoukian « le Sacre du Printemps ») méritaient leur heure de gloire. Et pourtant, certaines victoires n’ont pas été remise à l’antenne. Après l’enregistrement de la soirée, dans le hall, ce sont trois prix qui furent décernées au grand Henri Texier pour l’ensemble de sa carrière, au label Yolk et à la programmatrice Fanny Pages. Sans micro,dans le bruit, moins des caméras et pendant les petits fours. Comme si l’invisibilisation se prolongeait inconsciemment au-delà des écrans, le Syndicat National des Editeurs Phonographiques lui-même oublie de les saluer dans la liste des lauréats sur son site internet, même pas le label Yolk.

 

Les lauréats montent au créneau

 

Les Victoires représentent une plateforme essentielle pour placer sous les feux des projecteurs ces artistes inclassables, insoumis, insatiables, qui font notre fierté. Les professionnels du secteur sont donc bien en peine de réagir. Comment communiquer leur déception sans « cracher dans la soupe » ? Ne vaut-il pas mieux laisser passer l’orage, sous peine de se voir retirer le créneau d’audience l’an prochain ? En 2018, France 3 diffusait les Victoires du Jazz à 0h35 du matin. Un samedi en deuxième partie de soirée sur France 5, il y avait du mieux. Certains tentent les propositions constructives, en proposant d’allouer différemment le budget communication. 

L’accordéoniste Vincent Peirani, récompensé pour son disque Living Being II – Night walker, a fait son choix. Dès le début des réunions d’organisation de la soirée, il avait menacé de ne pas y participer. «Mais nous n’avons jamais eu le déroulé précis, et on a dû voler un conducteur quand on est arrivé le soir même ! Certains d’entre nous n’ont pas pu jouer, on avait à peine le droit de parler, impossible de faire un remerciement. On était muselés dans tous les sens du terme ». Il attend de voir les chiffres d’audience, sacro-sainte mesure du succès qui exige de se plier à « cette mascarade » et dont on peut douter qu’elle soit si spectaculaire. « On demande juste à être respectés. On en restera pas là. », conclue le lauréat. Clairement, les musiciens n’ont pas dit leur dernier mot.

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