Des guerres culturelles

Antoine Pecqueur 30/10/2019
C’est une donnée factuelle : les conflits armés, guerres entre nations comme guerres civiles, sont en net recul. Entre 1991 et 2013, ils ont diminué de moitié. Le chercheur canadien Charles-Philippe David, spécialiste des questions géopolitiques, va jusqu’à s’interroger : « La guerre pourrait-elle devenir une chose passée ? »
Mais la menace n’a pas disparu pour autant, avec un terrorisme mondialisé, des conflits commerciaux extrêmement agressifs. Les relations internationales prennent désormais d’autres aspects que la seule stratégie militaire. C’est dans ce contexte que la culture joue un rôle de plus en plus crucial. À tel point que certains se demandent si l’art, longtemps qualifié de soft power, ne deviendrait pas un hard power, comme le suggère Alexandre Kazerouni, chercheur à l’École normale supérieure, qui s’est penché sur la construction des musées dans les pays du Golfe. Les nouvelles guerres seront-elles culturelles ?
« Pour les nations, certains succès qui ne peuvent être remportés par les voies diplomatique, militaire ou économique, le sont par la musique, le cinéma et la littérature », déclarait en janvier dernier le président turc Recep Tayyip Erdogan. En Chine, le groupe Poly est leader dans les ventes d’armes comme dans la construction d’équipements culturels. Le chancelier allemand Willy Brandt considérait déjà la culture comme le troisième pilier des relations internationales, derrière la stratégie politique et l’économie.
Parmi les différentes formes artistiques, la musique occupe assurément une place à part. Contrairement au théâtre ou à la littérature, elle n’est pas liée à une langue ; elle peut donc s’exporter dans le monde entier. La musique est la chambre d’écho des turbulences du monde. C’est pour cette raison que nous ouvrons chaque numéro de La Lettre du Musicien par un grand reportage à l’étranger. Dans celui que vous tenez entre les mains, vous découvrirez la situation à Hong Kong, au moment où des manifestations monstres défient la mainmise chinoise sur l’ancienne colonie britannique. Le portfolio vous emmènera à Kaboul, où, en dépit du climat de tensions extrêmes, les jeunes Afghans continuent d’étudier au conservatoire. Si la musique fait écho à la guerre, elle est aussi portée par la dynamique de la paix.
Un orchestre seul ne va bien évidemment pas régler la situation d’un conflit. Mais la portée, le poids symbolique des artistes est tout sauf anecdotique, de la démarche de Daniel Barenboïm réunissant musiciens arabes et israéliens à celle de Myung-Whun Chung se battant pour la réunification des Corées. Car les hommes de culture sont parfois bien plus écoutés que les hommes politiques traditionnels. Il suffit de voir la situation dans de nombreux pays d’Afrique où les principaux opposants au pouvoir sont des… musiciens. En Ouganda, le chanteur Bobi Wine est en bonne place pour renverser le président autocrate Yoweri Museweni.
La révolution par la musique ? Souvenez-vous : l’indépendance de la Belgique est née en 1830 après une représentation d’un opéra d’Auber, La Muette de Portici, décrivant la rébellion des Napolitains contre l’occupant espagnol. Les spectateurs sont sortis du théâtre de la Monnaie et ont conduit les foules à renverser le pouvoir.
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