Te Deum de paix

Alain Pâris 31/10/2019
Le Te Deum est l’un des hymnes chrétiens les plus anciens. Il a inspiré d’innombrables compositeurs, souvent pour des cérémonies d’action de grâce liées notamment à la fin d’une guerre.

En 1713, deux siècles avant la fameuse bagarre du Sacre du printemps (une véritable guerre au sein du théâtre des Champs-Élysées), la paix d’Utrecht mettait fin à la guerre de succession d’Espagne. Une victoire pour les Anglais (qui mettaient la main sur Gibraltar, entre autres), victoire saluée par Haendel, récemment installé outre-Manche.

Le Te Deum d’Utrecht sera l’un de ses plus grands succès, avec des exécutions bisannuelles en la cathédrale Saint-Paul de Londres pour la Sainte-Cécile, en alternance avec le Te Deum de Purcell. Et ce, jusqu’en 1744 où Haendel occupera exclusivement le terrain avec son Te Deum de Dettingen, célébrant la fin de la guerre de succession d’Autriche (une défaite pour les Français, mais que les Anglais eurent soin de porter aux nues). Vingt ans après le premier Urtext du Te Deum d’Utrecht paru chez Bärenreiter, Carus en propose une nouvelle édition. Le choix sera d’autant plus facile à faire qu’on peut en apprécier les qualités sur le site de l’éditeur avec des pages d’évaluation.
Haendel ne s’était pas limité à ces deux illustres Te Deum. Il est revenu sur le sujet à trois autres reprises au long de sa carrière. Peu après le succès du Te Deum d’Utrecht, le futur duc de Chandos (alors seulement comte de Carnarvon) le prit sous son aile. Le Te Deum en si bémol majeur HWV 281, que Haendel composa pour le “Concert” du château de Cannons, où résidait son protecteur, daterait de 1718. On l’a généralement baptisé Chandos Te Deum, mais la rigueur veut que l’on parle du Cannons Te Deum, comme c’est le cas dans la nouvelle édition Bärenreiter, signée Graydon Beeks. Le “Concert” de Cannons avait un effectif restreint, ce qui explique le côté moins brillant de ce Te Deum par rapport à ceux d’Utrecht ou de Dettingen, qui célébraient des victoires militaires avec une présence soutenue des trompettes. Une dizaine d’années plus tard, dans un autre Te Deum, en la majeur, HWV 282, Haendel a réutilisé certains éléments de celui en si bémol.
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