Jakub Jozef Orlinski, contre-ténor et breakdancer

« J’ai souvent entendu dire qu’il fallait faire des choix dans la vie, alors j’ai choisi de ne pas en faire. » Jakub Jozef Orlinski éclate de rire.
Il faut dire que le jeune Polonais de 28 ans n’a « jamais voulu être comme tout le monde ». Alors, quand il n’est pas sur scène en tant que contre-ténor pour interpréter les plus grands compositeurs de la musique classique, il s’entraîne avec son groupe de breakdance, le Skill Fanatikz Crew, qu’il a formé à 18 ans, lorsqu’il étudiait à l’université Frédéric-Chopin de Varsovie. Pour mieux comprendre son univers, il faut remonter quelques années en arrière.
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Enfant, il vit dans une grande maison avec toute sa famille. Ils sont plus de 16 à habiter les lieux : ses parents, son frère, ses cousins et ses cousines, ses oncles et ses tantes et, enfin, ses grands-parents. « Pour être un peu au calme, ma mère nous mettait (les enfants) souvent dans le jardin. Je passais mes journées dehors à grimper aux arbres, à faire du skateboard, du roller, des acrobaties en tout genre… C’est là que j’ai pris goût à la liberté. » Petit à petit, il s’imprègne de la culture de rue et prend plaisir à laisserson corps s’exprimer.
Et la musique ? Il se souvient encore de ses longs voyages en famille où les airs de Sting résonnaient en boucle dans la voiture. Mais c’est à l’âge de 8 ans qu’il découvre réellement la musique classique en entrant dans une chorale. « Je ne saurais pas bien l’expliquer, mais quelque chose s’est mis à vibrer en moi. C’est très intime comme sentiment. J’étais heureux, complètement satisfait. » Vingt ans après, rien n’a changé, mis à part le fait que Jakub Jozef Orlinski arpente désormais le monde pour interpréter Vivaldi, Haendel ou Cavalli dans les plus grands opéras – il a aussi sorti son premier disque en solo l’année dernière. Un succès professionnel qui n’efface pas pour autant sa passion pour le breakdance. Sur les réseaux sociaux, il aime partager ses performances et invite même certains internautes à venir danser avec lui quand il est en tournée. Pendant son temps libre, il participe à des compétitions.
En 2012, il entre dans le top 16 du Red Bull BC One Poland Cypher, la plus reconnue dans cette discipline, qui va d’ailleurs entrer aux Jeux olympiques à Paris en 2024. L’appétence de Jakub pour le breakdance en surprend plus d’un, son ami et collègue de travail, le violoniste Stefan Plewniak, le premier.
« C’est sûr que c’est peu banal, s’amuse-t-il, surtout dans le monde de la musique classique, où les codes restent assez conservateurs. »
Pour lui, aucun doute : le jeune contre-ténor a voulu « sortir du cadre ». Même s’il a toujours connu Jakub Jozef Orlinski danseur, c’est en travaillant avec lui qu’il réalise à quel point la danse et le chant comptent pour lui. « Jakub ne serait pas Jakub sans l’un ou l’autre. Il aime prendre soin de son corps et de sa voix, c’est ce qui le définit. »
Très sportif, le breakdancer passe beaucoup de temps à sculpter son physique. Alors, quand Stefan Plewniak doit lui trouver un surnom, c’est celui d’Apollon qui lui vient tout de suite en tête. Le violoniste ne tarit pas d’éloges envers son collègue. Et pour ce qui est de ses défauts ? « Il faudra demander à sa petite amie », répond le musicien, le regard rieur.
Par sa singularité, Jakub Jozef Orlinski aura su réconcilier l’art lyrique avec l’art de rue.
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