Julia Lagahuzère, Opéra pour la paix: «Il faut changer le système de l’opéra»

Antoine Pecqueur 15/11/2019
Après avoir été directrice adjointe chargée des castings à l’Opéra de Paris, Julia Lagahuzère vient de créer, avec Dmitry Vdovin et Paolo Petrocelli, “Opera for Peace”. Cette organisation à but non lucratif a été lancée le 9 novembre à l’Opéra de Dallas. Explications avec sa directrice générale.
Pourquoi avoir créé Opéra pour la paix ?
Aujourd’hui, les artistes veulent mieux s’identifier avec le monde qui les entoure. Les dernières grandes opérations de chanteurs pour la paix remontent à l’époque de Luciano Pavarotti donnant des concerts dans les stades. Il y a eu ensuite très peu d’initiatives.
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Mais aujourd’hui, les chanteurs sont inquiets, par rapport à l’évolution du monde, mais aussi de leur métier. On voit de plus en plus de désistements lors des productions d’opéras. Les chanteurs sont confrontés à des problèmes de dépression, de harcèlement, d’inégalités entre hommes et femmes… D’où l’idée de ce mouvement, pour soutenir les chanteurs et mieux les intégrer au monde.
En quoi vont consister vos actions ?
Nous allons agir sur différents aspects. Tout d’abord, il faut favoriser les échanges d’artistes entre maisons d’opéras. Et pour cela, il faut se battre : une chanteuse sud-africaine n’a pas pu venir à notre lancement à Dallas ce mois-ci, car les autorités américaines lui ont refusé le visa. Nous n’allons pas faire changer l’administration Trump, mais à plusieurs nous sommes déjà plus forts et pouvons sensibiliser les politiques. Nous impliquons aussi les artistes à travers des conférences pour aborder des sujets parfois encore tabous. Sait-on qu’il y a aux Etats-Unis, des artistes qui n’ont pas l’assurance-maladie et certains sont même sans abri ? Nous nous appuyons sur les musiciens, par exemple la cheffe d’orchestre Lidiya Yankovskaya, qui a lancé l’Orchestre des réfugiés aux Etats-Unis. Enfin, nous accompagnons des projets de diplomatie culturelle, comme prochainement le financement d’un opéra en hébreu et en arabe à l’Opéra d’Israël. Avec la chanteuse tunisienne Rihab Chaieb, nous travaillons sur le développement d’opéras en langue arabe et à leur diffusion internationale. Cela serait un beau symbole d’avoir une production en arabe à l’Opéra de Paris. Il faut changer le système de l’opéra, repenser son business model, l’ouvrir à la diversité. Il est temps !
Comment Opera for Peace va-t-il être financé ?
Nous allons chercher du mécénat privé et aussi d’entreprises, notamment aux Etats-Unis. Pour les grands groupes, il est important d’accompagner aujourd’hui des démarches liant la culture à des questions sociales. Il est en outre important de rester indépendant ; nous ne voulons pas devenir des instruments au service des États.
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