Exclusif : Jean-Philippe Thiellay à la tête du Centre national de la musique

Antoine Pecqueur 22/11/2019

Selon nos informations, le directeur adjoint de l’Opéra de Paris prendrait la direction du futur établissement, lancé le 1er janvier.

C’était l’une des nominations les plus attendues en cette fin d’année dans le secteur culturel. Le 1er janvier doit être lancé le Centre national de la musique (CNM), réunissant à la fois les acteurs de la musique classique subventionnée et ceux de l’industrie des musiques actuelles.
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Un équivalent du CNC (Centre national du cinéma) dans le monde de la musique, dont les premières ébauches remontent à 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Depuis le mois de mars, Catherine Ruggeri pilotait la mise en place de l’établissement. L’énarque semblait idéalement placée pour prendre la direction du CNM en janvier : elle connaît désormais les rouages du secteur, est appréciée tant du côté des structures privées que publiques, et a en outre l’avantage de féminiser un secteur encore très masculin. 

Echec à l’Opéra de Lyon

Mais c’était sans compter sur les calculs politiques du gouvernement. On est actuellement en plein mercato de la culture : Jean-Philippe Thiellay va laisser sa place de directeur adjoint de l’Opéra de Paris à Martin Ajdari, directeur des médias et des industries culturelles au ministère de la Culture. Il fallait donc trouver impérativement un poste à Jean-Philippe Thiellay. Son nom avait circulé en mai dernier pour prendre la direction de l’Opéra de Lyon, mais le Syndicat des artistes de la musique et de la danse de Lyon et de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait adressé un courrier au maire de Lyon, Gérard Collomb, s’opposant à une telle nomination (pour le syndicat, le profil du directeur adjoint de l’Opéra de Paris était trop administratif). Le processus de recrutement avait été relancé, et depuis, Richard Brunel a pris la direction de l’Opéra de Lyon. Fallait-il dès lors offrir un lot de consolation pour Jean-Philippe Thiellay ?

Nommé au Volcan par Edouard Philippe

Une chose est sûre : ce dernier peut compter sur d’importants appuis politiques. Avant son poste à l’Opéra de Paris, il a été administrateur de la scène nationale du Volcan au Havre, nommé par celui qui était alors le maire de la ville, Edouard Philippe, désormais Premier ministre. Matignon aurait donc suivi de très près le processus de nomination au Centre national de la musique. 

Mais plusieurs questions se posent : comment Jean-Philippe Thiellay, qui a une étiquette musique classique (il a été critique au mensuel Classica pendant quatre ans), va-t-il s’imposer face au secteur des musiques actuelles ? Et surtout comment le gouvernement va-t-il justifier une telle nomination au moment où il dit vouloir rééquilibrer la proportion entre hommes et femmes à la tête des établissements culturels (et accessoirement à quoi sert le poste d’Agnès Saal, nommée haut fonctionnaire à l’égalité et la diversité à la Rue de Valois, si les nominations à la tête des institutions culturelles, de l’Opéra de Paris au CNM, sont toutes masculines)? En outre, l’actuel numéro deux de Catherine Ruggeri dans le pilotage de la création du Centre, Romain Laleix, va-t-il rejoindre Jean-Philippe Thiellay ou ce dernier devra-t-il se trouver un bras droit ?

Dans le projet de loi de finances, actuellement débattu par les parlementaires, est prévu 7,5 millions d’euros de l’Etat pour le Centre national de la musique, au lieu des 20 millions attendus par le secteur. Jean-Philippe Thiellay devra faire preuve de grandes qualités de gestionnaire pour ne pas répéter avec le CNM le fiasco du Pass culture.

 

Antoine Pecqueur.

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